Dialogue de sourds et de daltoniens

Atelier du 7 décembre 2012…

Être servi sur un plateau. A moins que ce ne soit par un plateau. Un plateau téléphonique s’entend, qui répond à vos questions par… des questions ! De ce fait vous n’arrivez pas à vous faire comprendre. Ecrivez la situation telle que vous la vivez,  le calme de votre interlocuteur ou pas ! Soyez créatifs, cocasse, faites nous rire aux larmes. Qui aura le dernier mot ?

***********************

Alors que je venais de saisir mon téléphone portable et de composer le numéro du service clients, quelques frissons prémonitoires me parcouraient déjà. Peu habitué à ce genre de coup de fil, je savais néanmoins que la conversation pouvait vite tourner au dialogue de sourds…J’avais  à peine préparé mon appel. Tout s’est fait de but en blanc même si je comptais aller droit au but. La musique de fond semblait déjà m’interroger de sa ritournelle trop entendue. Une voix m’a indiqué que la conversation était susceptible d’être enregistrée. Au moment où la conseillère a décroché, je ne me doutais pas qu’il s’agirait cette fois d’un dialogue de sourds et de daltoniens…

Elle a immédiatement annoncé la couleur.

–          Bonjour, vous êtes bien Monsieuuuuuuur…(la fin du mot en suspension, dans une hésitation dont j’étais habitué)

–          Oui !

–          Vous appelez bien pour un problème de ligne téléphonique et de connexion Internet ?

–          Bah non, c’est pour ma voiture

–          Votre voiture ?

–          Non, laissez tomber, je plaisante…Voilà, je n’arrive plus à me connecter au réseau…

–          Comment est votre box ?

–          Ma box ?

–          Monsieur, est-ce qu’elle c’est un nouveau modèle ou un vieux ?

–          Ca dépend ce que vous appelez vieux…tout est relatif.

–          Monsieur (elle va arrêter avec ses « Monsieur » !), est-elle biseautée ?

Je souriais intérieurement. Ca devait être une question pour semer le trouble chez  le client ça, et gagner du temps…et de l’argent.

–          Non.

–          C’est donc un vieux modèle ?

–          Si vous l’dîtes.

–          Quel est votre problème Monsieur ?

–          Elle…

–          Est-ce que le voyant clignote orange ou rouge ? (qu’est-ce que c’est que cette question ? En plus elle ne me laisse pas finir)

–          Je sais pas, je suis daltonien !

–          C’est très important monsieur, orange ou rouge ?

–          J’viens d’vous dire que je suis daltonien !

–          C’est très important monsieur, est-ce que quelqu’un peut vous aider ?

–          Oui, je choisis l’appel à un ami.

–          L’appel à… ?

–          Laissez tomber, je je vais chercher ma femme…

–          Votre femme n’est pas daltonienne ?

–          Mais non, les femmes portent le gêne mais ne sont jamais daltonienne, une histoire d’allèle sur chromosome sexuel, les cours de bio de terminale ça vous dit rien ?

–          Pardon ?

–          Laissez tomber…Et puis de toute façon c’est ma mère qui m’a transmis le gêne, rien à voir avec ma femme !

–          Votre mère ?

–          Bon on peut avancer ?

–          Votre femme est là ?

–          Oui ça va, ça va, elle arrive.

–          Alors ?

–          Alors quoi ?

–          Quelle couleur ?

–          Rouge orangé !

–          Monsieur c’est très imp…

–          Ca va j’ai compris ! Orange ou rouge chérie ?

–          Elle peut pas dire !

–          Monsieur c’est…

–          STOP ! A-t-on idée aussi de faire clignoter un voyant d’un demi-millimètre carré !

Ca doit être rouge comment ? Rouge rouge, ou rouge-pas-si-rouge-que-ça ?

–          Monsieur la différence est nette entre les deux, ça se voit, est-ce que c’est rouge ?

–          M’enfin bordel, si je voyais les deux côte-à-côte je pourrais vous dire lequel des deux est orange ou rouge. Mais pourquoi vous n’avez pas choisi rouge et bleu ?

–          Monsieur (elle m’agace avec ses « Monsieur… »), est-ce que… ?

–          Ecoutez, mon forfait est dans le rouge, lui, mes joues aussi, et ma colère revêt des teintes inquiétantes, alors…Allô ?

Je rêve. La conseillère venait de s’interrompre, non pas sous les coups de mon énervement grandissant, non, la conversation avait été purement et simplement coupée ! J’étais vert. J’ai jeté un œil désespéré à l’écran sombre d’où semblaient encore jaillir les questions de la conseillère. Je commençais à broyer du noir. La sentence était nette, sans appel.

J’aurais dû me douter que ça arriverait, c’était « cousu de coup de fil blanc ».

J’en avais vu des vertes, des mûres et des pas du tout mûres, mais là ça dépassait l’entendement !

Ah ça sonne. Elle me rappelait.

Je savourais déjà ma vengeance. Elle semblait d’un coup plus pressée d’en finir.

–          Monsieur on va essayer autre chose. Combien avez-vous de prises téléphoniques dans votre maison ?

–          Madame, est-ce que c’est important ?

–          Oui Monsieur.

Ah elle faisait moins la maligne avec ses questions. Je prenais le dessus, même si mon problème était loin d’être résolu…

–          Madame, il vous faut le nombre exact ?

–          Oui !

–          Patientez cinq minutes, je vais compter…Madame !

–          Monsieur ?

–          Oui ?

–          Faîtes vite !

–          Mais Madame, bien sûr !

–          Neuf !

–          C’est beaucoup !

–          A qui l’dîtes vous !

Je sentais arriver la déclaration finale.

–          Monsieur vous ne pouvez toujours pas me dire si le voyant clignote rapidement, et de quelle couleur il apparaît ?

–          Je vous dis tout est relatif Madame !

–          Monsieur on est d’accord, j’ai essayé toutes les possibilités ?

–          Si vous l’dîtes !

–          On est d’accord Monsieur, aujourd’hui il n’y a pas d’autres solutions ?

–          Bon allez affichez la couleur, qu’est-ce que vous proposez ?

–          Je peux vous proposer l’ultime recours, vous êtes d’accord ?

–          Mais oui, allez-y, c’est pas bientôt fini ce numéro ?

…bip, bip, biiiiiiiiiip…

–          Allô, allôôôôô ?!

Si, cette fois, c’était fini. Définitivement…Elle ne m’a pas rappelé.

J’avais fait chou blanc une fois de plus…

De rage, j’ai frappé ma box grise de chez Orange. Un message a illuminé l’écran et ma fin de journée :

« Votre connexion est rétablie ».

Moralité, un daltonien à qui on en fait voir de toutes les couleurs, finit toujours par s’en sortir !

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A propos Mathieu Jaegert

...là où vont mes mots.
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