De l’art bancal d’improviser une résolution qui l’est tout autant

Chers tous, (c’est un peu protocolaire et solennel, mais on ne pinaillera pas…)

 

Après quelques tergiversations naturelles et hésitations de rigueur entre le « SM messe » de minuit passé de mode et le texto tôt le lendemain, j’ai finalement opté pour ces quelques mots un peu plus tard. J’avais peur que mon message n’arrive jamais à destination…

Initialement, mes vœux devaient résolument s’inspirer de l’actualité.

Mais, trêve des confiseurs oblige, les unes des journaux télévisés sont d’une affligeante banalité et ne relèvent plus que de l’anecdotique malgré toute l’emphase que les remplaçants tentent désespérément d’insuffler. A l’heure des bilans conventionnels, des rétrospectives poussiéreuses et des résolutions vaines, le culte absurde du chiffre prend le dessus. Les présentateurs pressés d’en finir, jettent cependant leurs dernières forces à coups de scoops hâtifs et de superlatifs débusqués dans leur manuel de survie pour journaliste esseulé pendant les fêtes.  Tout y passe, du reportage enjoué et sur-joué en plein cœur d’un marché parisien, aux images tantôt anormalement hivernales, tantôt exagérément printanières tournées aux quatre coins d’un globe devenu fou, le tout pour introduire, justifier ou contredire quelques dictons surannés.

La danse des chiffres, et la déferlante des records donc, des plus anodins aux plus tristes.

Ma plume, secouée de soubresauts, est hilare. Elle connaît mon penchant à l’étalement et vu la tournure de ce texte, je la rejoins dans l’expression de notre fierté à tous les deux d’avoir contribué à ne pas battre le record de la Saint Sylvestre. Nous nous sommes courageusement extirpés de cette frénésie de circonstance. Même si le décompte n’est pas encore totalement fiabilisé, le nombre de SMS essaimés n’atteindra en effet pas la barre du milliard. Cette année, le résultat officiel tarde à tomber pour d’évidentes raisons d’effet de mode. Il s’agit bien sûr de nous rappeler combien l’art du dépouillement est complexe, à l’image des péripéties d’un parti politique trop bien connu.

Si j’ai décidé de ne pas participer à cette course effrénée, c’est aussi par simple respect des employés exploités de ces opérateurs sur la brèche. Vous imaginez la tête des heures supplémentaires ? Et celle de ces salariés contraints de ralentir le flux et de concerter tous les quarts d’heure la concurrence pour savoir combien de SMS pouvaient circuler dans le prochain quart d’heure, comment, vers qui, pour quoi, pour qui, par qui et avec quoi…

Les pauvres, débordés de toutes parts entre le foie gras de Noël et celui du réveillon ! Obligés de suer sur de pénibles messages imbibés, les traducteurs mobilisés rassemblent leurs connaissances des langues étrangères : le langage SMS, le hiéroglyphe de saison, le smiley bancal, etc. afin d’acheminer dans les règles du bon goût, de la bienséance et de la bonne année, les formalités d’usage des uns et des autres.

D’autres experts comptables ont été déployés sur des fronts moins réjouissants, là où les caisses brûlées se substituent aux caisses de champagne, en un feu d’artifice macabre, précipitées bien avant leur heure par l’horreur de la bêtise humaine vers leur funeste destin de véhicule hors d’usage. La valse étourdissante des chiffres, encore, les vases communicants des couloirs de l’information, et la communication de Valls…

Par ailleurs, s’il y a des régions où un simple pétard combiné aux collations habituelles fait frémir les courbes de la délinquance routière, dans d’autres il faut toute la sophistication de pétards confectionnés via des sites Internet douteux pour faire exploser mains et statistiques de la chirurgie réparatrice.

Heureusement, les sourires illuminent les visages des touristes amassés sur la plus belle avenue du monde, et de ceux s’embrassant au pied de la plus grande tour du monde ou au bord du plus grand océan, au moment de leur embrasement multicolore en une course vers le « toujours plus »…

Mais, alors même que certains illuminés se sont déjà engouffrés à rebours dans la célébration impromptue d’évènements farfelus, une information de dernière minute pourrait bien changer la donne mathématique. Certains textos se dissimuleraient dans les centaines de téléphones et tablettes tactiles dérobés dans un « apple store » parisien. De quoi redonner des couleurs aux opérateurs en berne, bien décidés à berner sans accroc le consommateur accro dès les prochaines agapes.

Ma propension à m’épancher sur mon téléphone m’aurait donc valu quelques dizaines de SMS incompréhensibles de mes interlocuteurs, débités en tranches grossières par le personnel préposé au débit. Il était donc préférable de choisir la voie épistolaire.

Sur ces paroles improvisées, c’est promis, dans les années à venir, je tenterai de prendre la résolution de mieux préparer mon discours, car là, au moment de conclure, je ne me souviens pas de l’objet de mon courrier. Ni de ma résolution initiale…

Ah si ! Des mots, encore des mots, rien que des mots.

Le culte du chiffre ! Je me disais bien que ça me retomberait dessus cette affaire !

Bien à vous.

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A propos Mathieu Jaegert

...là où vont mes mots.
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