Le Père Noël départagera-t-il bûches et galettes ?

Cher Père Noël,

Peu habitué à t’écrire, je te prie néanmoins de croire à mon dévouement le plus constant au fil des ans au service des missions que tu délègues aux adultes de mon acabit.

Si je prends ma plume au moment où tu t’apprêtes à goûter au repos du juste, barbe taillée et hotte au placard, c’est pour nous extirper, moi et mes congénères, d’une situation quelque peu embarrassante.

J’irai donc à l’essentiel pour t’éviter d’accumuler ces heures supplémentaires qui n’ont plus de « supplémentaires » que le substantif trompeur, tellement trompeur que moi-même je me laisse induire en erreur puisqu’il s’agit bien d’un adjectif qualificatif peu gratifiant de nos jours.

Ton efficacité redoutable n’est plus à démontrer et fait office d’exemple dans de nombreux colloques sur le management. Tes sous-traitants dévoués – dont ton humble serviteur  – t’épaulent chaque année un peu plus dans un souci d’amélioration continue du service. Ça fait longtemps que je crois en toi et je ne me suis jamais arrêté de croire. Je pratique comme nous tous ici, le culte fervent du cadeau. Mais cette foi s’inscrit dans des limites spatiales et temporelles que nous avons érigées sur l’autel de la consommation. Nous savons nous contenter de l’essentiel. Les menus copieux et arrosés ne s’accumulent qu’en deux jours et les cadeaux par milliers sont déposés entre la bûche et le sapin, puis déballés en moins de temps qu’il ne faut pour se souhaiter un « joyeux Noël ». Tu vois, les valeurs de Noël, les seules et uniques valables, sont entretenues : la fête, les cadeaux en nombre, la bonne bouffe. La tradition est préservée, sans doute depuis la nuit des temps. Le 25 décembre, rien que le 25.

En revanche, que dire de l’Epiphanie ? Il est de coutume de la célébrer le premier dimanche de janvier, bien plus pratique pour tirer les rois que le 6 janvier ou le 25 décembre lorsque ces jours tombent en pleine semaine. Mais je digresse. Là n’est pas l’objet de mon courrier.

Comment expliques-tu, alors qu’on sait faire court à Noël, journée des cadeaux par excellence, qu’on finisse par tirer, retirer et étirer les rois pour fêter la présentation d’offrandes de trois Rois Mages inconnus du grand public à Jésus, qui, aux dernières informations que j’ai, ne serait pas né en janvier ? Ajoute à cela l’absurde contradiction qui veut que les gens croient de moins en moins à Dieu mais de plus en plus au Père Noël, et tu obtiendras l’étendue de mon désarroi.

Les Français n’ont plus le sou pour trois cadeaux mais sont capables d’acheter et de bouffer des galettes tout le mois de janvier sans connaître l’origine de l’Epiphanie. Alors que moi, tu peux être sûr, je reste fidèle au rite spirituel du Père Noël. Je sais d’où tu viens, je connais ton parcours, même si je m’interroge.

La date du 25 décembre est-elle encore appropriée ?

Ma demande est donc simple, Père Noël. Je t’en conjure, mets à l’amende ces plaisirs briochés et feuilletés. Ou plutôt, non, pas à l’amande, ils risquent de ne pas comprendre et d’épandre une nouvelle couche de frangipane. Ou alors, consulte tes rênes et décide d’avancer Noël à une date gastronomiquement moins conflictuelle.

Tu sais, si aucune décision courageuse n’est prise, les galettes vont prendre le dessus sur les bûches. A force d’étirer les périodes de fête systématiquement dans le sens de la longueur sans donner de profondeur ni de relief, la date n’a plus de sens. Si ce n’est celui de faire croire artificiellement qu’enfin tout le monde joindra les deux bouts – de fête – lorsque Noël, l’Epiphanie et Pâques seront solidement accolées.

Manifestement et étymologiquement, l’Epiphanie devient la manifestation de l’étalement de la bêtise comme on étale la pâte pour appâter le chaland conditionné.

Je ne t’embête pas plus. Tu as compris l’impérieux besoin d’intervenir au nom de ton expérience et de ta légitimité. Etant sur le circuit depuis tellement d’années, et sans doute bien avant la naissance de Jésus, toi seul en est capable.

Bien à toi.

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A propos Mathieu Jaegert

...là où vont mes mots.
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Un commentaire pour Le Père Noël départagera-t-il bûches et galettes ?

  1. laurence délis dit :

    Il est bon de venir te lire, de partager un peu de dérision et de bons mots en ces temps pesants. Merci Mathieu, un régal sans la fève ! 😉

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