Coup de fil et verdict sans appel

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Il est mobile. A tel point que partout où il se faufile, il tire la couverture à lui, même lorsque ladite couverture n’est pas assez étendue. Oui, le téléphone portable est aujourd’hui l’objet de toutes les attentions. Aux endroits où « ça » ne passe pas, il se fait tout de même remarquer immédiatement, se signalant par quelques gesticulations parrainées par son propriétaire pour que le signal arrive. Dans cette optique, les professionnels de la téléphonie sont attentifs et dressent immédiatement leurs antennes. Peu importe les dépenses à engager, elles seront répercutées en boutique où les offres seront toujours maquillées davantage et barbouillées d’avantages trompeurs. Les spécialistes mettent donc en branle leurs compétences pour installer la fibre et remettre les satellites à leur place. Le réseau ne tarde alors jamais à se développer.

S’il n’y a pas très longtemps encore, on s’accommodait de lieux sans électricité, eau courante ou commodités, certains s’indignent aujourd’hui de toute absence de réseau. C’est d’ailleurs leur unique priorité et la panique dès lors que la connexion est défaillante, voire aphone ! Et à y regarder de plus près, ce n’est plus l’impossibilité de téléphoner qui dérange, mais bien celle de se connecter à Internet. A en devenir insupportable !

Notre relation à l’objet a évolué. Les premiers portables avaient des caractères figés et indéchiffrables, aujourd’hui, nos joujoux ont du caractère. Le niveau de leur répondant tutoie l’imagination de leur répondeur. Même s’ils semblent obéir au doigt et à l’œil, enfin surtout au doigt, ils ne se laissent pas toujours faire. Les anciens n’avaient rien pour eux, il était donc facile d’avoir une touche, voire plusieurs. Désormais dépourvus de touches, ils nous tapent dans l’œil pour qu’on tape du doigt sur leur écran. Cependant, si l’on s’attache vite à eux, ils sont tout aussi rapidement mis à l’index. Pendant leur vie limitée dans la durée, on les adule, on les dorlote, on les cajole. Afin de babiller, on en vient même à les habiller de coques bariolées, prenant ainsi plus de précautions pour éviter les coups que pour protéger les données confidentielles.

L’expression « pendu au téléphone », elle, perd ses lettres de noblesse, les rôles s’inversent. C’est maintenant le téléphone qui est pendu au cou, à la main ou au poignet. On en devient vite accro mais paradoxalement, il est moins simple de décrocher que dans le passé. Un comble pour un téléphone à la pointe de la technologie. Cependant, lorsqu’on en jette un, on jette également son dévolu sur un autre appareil plus moderne. En réalité, on commet le forfait de les abandonner pour s’abonner et s’adonner à d’autres forfaits, avant même qu’ils soient atones. Ces nouveaux doudous sont donc vite remplacés. Il faut dire qu’ils sont gourmands, au moins autant que leurs propriétaires. Les entretenir coûte cher, mais quand on aime, on ne compte pas, même quand on devrait…Ils sont de surcroît incapables de se débrouiller seuls, demandant une application de chaque instant et manquant cruellement d’autonomie. L’application se télécharge en effet sur Internet à grand renfort d’électricité. Par conséquent, on caresse toujours son écran et, simultanément, le rêve d’en posséder un meilleur.

Finalement, c’est tout le contraire d’une pièce de collection. Cette dernière prend de la valeur au cours de sa vie jusqu’à prétendre à une place dans un musée. Ici, c’est la vitrine qui fait office d’exposition et le portable qui revêt une importance fondamentale aux yeux du consommateur piégé. Toutefois, sorti du magasin, sa dépréciation débute, inexorablement.

Enfin, ces téléphones intelligents rendent bêtes leurs ainés. Sans doute pour cela que je me trimballe toujours avec deux ou trois modèles, il y en aura toujours un plus idiot que moi.

Bref, nos relations ont des mobiles que la raison ignore ! Je sais, c’est sans appel !

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A propos Mathieu Jaegert

...là où vont mes mots.
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