Peu importe son nom, pourvu qu’il y ait Internet !

Image

Une sorte de suite ou de pendant (indépendant) à « Coup de fil et verdict sans appel »

Le portable, pendant au cou et porté dans le cœur de son propriétaire devenu dépendant, est désormais objet de culte et de plaisir. Rarement de seconde main, il est au contraire tout à la fois troisième œil et troisième main, c’est l’appendice indispensable. Une véritable relation de couple s’instaure alors. Les confidences dans l’oreillette se muent parfois en discussions tumultueuses. Mais il ne laisse personne insensible, même l’usager le plus sourd aux appels consuméristes. Ainsi, si le téléphone est maintenant sans fil, les abonnés le sont avec. Avec « -phile » : « téléphonophile », « mobilophile », « internetophile », que sais-je encore.

Le portable, en mode vibreur ou pas, fait vibrer ses adeptes toujours en quête de la connexion idéale. D’ailleurs aujourd’hui, on cherche la 3G comme le point G. On parlera même bientôt de secousses 5G sur l’échelle des télécoms ! Pour accéder à Internet, le fan caresse son mobile dans le sens de la toile, les plus jeunes d’entre eux mettant de côté l’enseignement des gestes de premiers secours. La position latérale de sécurité est en effet délaissée au profit des caresses latérales de leur écran. Un mouvement qu’ils reproduisent par réflexe sur toute surface semblable, vitrine, porte, télévision…en vain. Cependant, dès lors que la connexion est défaillante, l’orage gronde. Sans ondes, c’est la fronde ! Il s’agit de rester branché en permanence, toujours à la page et sur ses pages préférées, constamment à la mode et en mode wifi. Muni du modèle dernier cri, des accessoires les plus récents et pourtant toujours aussi accessoires, et des applications les plus pointues, l’accro en veut toujours plus. Quelques coups de pouce plus tard sur son écran quatre pouces, et sans le moindre coup de fil, il se sera procuré d’autres gadgets du web, aidé en cela par un appareil toujours plus intelligent qui lui aura sans nul doute mis la puce à l’oreille, l’alertant des nouveautés à acquérir absolument. Il télécharge ainsi à tout va des applications de toutes sortes. Des sorties nocturnes à la météo, ce sont elles qui font la pluie et le beau temps. Et dans « télécharge », il y a la décomposition symptomatique suivante : « téléphone » et « charge », car oui, celui-ci est devenu une charge !

Un poids financier pour le client, mais une aubaine pour les opérateurs machiavéliques qui ont pourtant tout d’inopérant en réalité. Les trois concurrents se tiennent comme ils tiennent les aficionados. Et ce à grand renfort de pack opaques, de coffrets rimant avec gros frais, d’offres verrouillées comme un coffre le serait, ou de propositions à la carte les brouillant au passage, les cartes. Si l’écran tactile n’est surtout pas à lécher, les opérateurs déploient leurs artifices alléchants, le porte-monnaie trinquant au passage. Sans gants et sans scrupules, les mobiles sont vendus chèrement avec des box à coups de poings de fidélité. Et, quand les adeptes pris au piège laissent des ardoises et des plumes à la caisse, traquant le moindre mégabit supplémentaire, les opérateurs placent des antennes sur les tuiles, et des satellites en orbite. Les nouveaux slogans fleurissent : « Auprès d’Orange, votre compte voit rouge ! » Et puisqu’on s’est autorisé un découvert, on exige un découvert de qualité, autrement dit une couverture infaillible. Bien sûr, le confort d’utilisation est capital. En effet, l’ergonomie gonfle l’égo et dégonfle les économies. Les inconditionnels du portable se mettent alors à croiser les doigts pour ne pas croiser le fer avec leur banquier. Pour cela, ils se servent de leur doudou électronique comme gris-gris. Les opérateurs l’ont bien compris, sur le point de commettre et de vendre leurs forfaits sous l’appellation malheureuse free-free ou orange-orange. Bouygues n’a pas osé, jugeant à raison le procédé bancal et l’intitulé résultant trop proche du péjoratif boui-boui…

Bref, le marché du portable est décidément porteur. Une véritable rente ! Après l’or noir, « l’or bit » !

Publicités

A propos Mathieu Jaegert

...là où vont mes mots.
Cet article a été publié dans Chroniques. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s