Du baptême des tempêtes et des anticyclones

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Et si on parlait de la pluie et du beau temps ? Pas de tout et de rien, mais bien de météorologie. Une notion qui fait souvent parler d’elle, et qui fait surtout parler les gens, permettant d’initier les conversations et de délier les langues vers d’autres sujets.

Notre rapport au temps qu’il fait est complexe, mais certains signes ne trompent pas, le changement est proche. Beau fixe à l’horizon  sur nos relations à la météo !

Pour l’instant, si nous sommes capables de prendre pour parole d’Evangile les prévisions sommaires annoncées à la télévision, nous n’hésitons pas à tirer à boulets rouges sur les présentateurs à la moindre incartade des degrés Celsius ou de l’aspect du ciel par rapport au bulletin émis. Ceux-là même – c’est-à-dire nous tous quasiment – qui affirment avec véhémence « à la météo, ils se plantent à chaque fois », consultent toujours plus assidûment les cartes. Cherchez l’erreur ! En réalité, on tente d’apprivoiser les dictons, les croyances, on observe les nuages et la croissance des légumes, et on s’imagine ainsi devenu expert et en bons termes avec la météo. C’est d’ailleurs la conséquence de l’apocope réalisé sur météorologie. On relègue en effet le suffixe « -rologie » aux oubliettes pour faire main basse sur « météo », croyant débuter une relation d’amitié avec elle. C’est comme ça que météo est passé dans le langage courant.

Allez, assez de ces considérations faussement sociologiques, passons aux choses sérieuses ! L’information que j’ai récemment dégotée est de nature à changer profondément notre approche. Si après l’or, la pierre et le vin sont devenus des valeurs sûres, la météo s’apprête à les rejoindre, troquant son titre de valeur déluge au profit de celui de valeur refuge ! Bien sûr, on parlera plus de mise en garde climatique qu’on évoque les mises en garde des bouteilles.

Mais jugez plutôt pourquoi il est de bon ton de mettre quelques kopecks sur les phénomènes météos.

Il a fallu tout le pragmatisme allemand pour harmoniser certaines appellations, et notamment les noms attribués aux dépressions et aux anticyclones. Avant, c’était la débâcle, les quiproquos étaient légions. En effet, la moindre tempête changeait de nom en fonction du pays traversé, et des fêtes inscrites à chaque calendrier national. Pas facile lors des contrôles aux frontières. A la douane entre l’Allemagne et la France, les « vous avez pas vu Mirza ? » n’étaient pas rares, suivis de « Non, ici c’est Ana qui vient de passer ! ». C’est d’ailleurs au cours de cette période des plus floues que les expressions « On ne sait plus à quel Saint se vouer », puis « y a plus de saison », sont apparues. Les ingénieurs ont d’abord songé à harmoniser les calendriers, mais ça n’avait pas de sens. L’Université de Berlin a donc proposé un système d’attribution de prénoms issus de listes préétablies. Et depuis peu, c’est là que ça devient intéressant, on peut acheter un de ces prénoms et ainsi contribuer, peut-être, à la consécration d’un phénomène. Et à sa propre gloire. Mais attention, rien n’est acquis. Il s’agit de miser sur la bonne casaque. « Tornado » par exemple aurait été gagnant à tous les coups s’il n’avait pas déjà été pris. Il faut donc se rabattre sur d’autres patronymes proposés, susceptibles à leur tour d’atteindre une renommée internationale. L’anticyclone étant plus cher et moins dévastateur en général, je vous encourage vivement à opter pour le baptême des dépressions. Avec un peu de chance, elle sera à l’origine d’une catastrophe naturelle monumentale et largement médiatisée. Et si par miracle, la tempête associée à la dépression nommée par vos soins touche votre maison, sachez que des avantages à l’assurance et aux réparations vous seront automatiquement proposés !

Notez enfin que les fonds récoltés assurent la survie de la station météo de l’Université berlinoise. Vous serez donc sinistré, oui, mais pour la bonne cause !

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A propos Mathieu Jaegert

...là où vont mes mots.
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