Stade d’avance et idée ultra-branchée

En complément du texte précédent « train d’avance et idée ultra-branchée ».

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Pour avoir un train d’avance, j’avais expérimenté en vain de prendre le train précédant celui pour lequel j’avais réservé mes billets. Souvenez-vous, on me boutait en dehors à peine monté, et je passais alors pour un boute-en-train. Mais je n’ai pas commis la même erreur en matière de sport. Afin d’avoir un stade d’avance, mieux vaut en effet passer directement au stade suivant.

Les enceintes françaises où le ballon est roi accouchent actuellement de nombreux déçus parmi les geeks assumés et ceux en devenir, les stades de l’hexagone n’étant paraît-il que peu connectés à Internet. Et « ça la foot » mal à l’approche de l’Euro. L’Euro, vous savez, c’est à la fois une monnaie et une compétition aux coups plus ou moins francs. Le prochain Championnat d’Europe est organisé chez nous en 2016 et la colère monte. Les spectateurs, aux  caractères bien trempés mais limités, 140 précisément, sont des accros de Twitter. La couverture étant encore peu fiable, c’est à coups de slogans du type « haro sur les stades mal équipés, arobase en tribune » qu’ils manifestent sur la toile. Devenus « supportwitteurs » ou « spectwitteurs », ils monopolisent l’attention des organisateurs déjà taclés à coups de hashtag, les « hashtacles » glissés étant les plus répandus.

Alors que l’Europe du foot a saisi la balle au bond, la France, elle, semble attendre un rebond qui ne vient pas. Les socios espagnols envahissent allègrement les réseaux sociaux depuis les gradins bondés. On y tweete à guichets fermés et mobiles ouverts ! Mais la France est hermétique. Elle n’est pas toute ouïe, là où le « tout tweet » s’installe pourtant avec succès. Cependant, il lui faudra suivre le mouvement, tout aberrant qu’il soit.

Les ultra-branchés se rapprochent des Ultras tout court, ces groupes de supporters pour se faire entendre. Ils donnent donc ensemble du porte-voix et du tweete tout azimut. Un gazouillis, ça passe, des dizaines de milliers, ça agace ! Leur revendication est simple, pouvoir s’immiscer, via facebook, twitter and co, au cœur du jeu, au plus près des actions, et se mêler aux commentaires et aux photos officiels tout en intégrant les statistiques d’après-match. Les infrastructures n’étant pas au niveau pour le moment, les ventes d’abonnements ne sont pas folichonnes, et les followers pas folow-chons ! Mais ce qui doit arriver arrivera. Bientôt, les dribbles seront passés au crible en direct, les actions disséquées en moins de 140 signes par écrans interposés. L’oiseau bleu de Twitter quittera sa cage pour parader vers celles du carré vert à la place du coq tricolore, les statistiques seront multiples, du nombre de tweets ramassés au fond des filets au plus beau statut, en passant par le meilleur toucher d’écran. Quant aux arbitres, ils surveilleront non plus les lignes blanches, mais plutôt le non dépassement de la ligne rouge par d’éventuels tweets agressifs. Dans les stades, on échangera aussi facilement les messages que les joueurs se passent le ballon, quitte à commenter tout autant à côté de plaque que la balle passe à côté des buts. Quelle évolution ! Une véritable tribune donnée aux mots, un stade tout entier, même ! Des gradins vibrant d’un enthousiasme démesuré face aux meilleurs messages. Peu importe la qualité du jeu, les ovations se succèderont à coups de caresses sur des mobiles reliés au tableau d’affichage. Finis les quolibets ou les célébrations de joueurs, ce sont bien les tweets qui seront applaudis.

On mesurera l’affluence non pas au nombre d’entrées mais à celui des petits mots envoyés, il y aura d’ailleurs très vite plus d’écrans tactiles que de spectateurs attentifs, chacun venant avec deux appareils, l’un pour enregistrer le match, l’autre pour gazouiller. A tel point qu’à la question « comment c’était ? », les uns et les autres répondront « je sais pas, j’y étais mais je regarderai demain » !

Sur le bureau des autorités compétentes, figure déjà le projet de transformer la FFF (Fédération Française de Football) en FFFF (Fédération Française des FF*). Avant cela, les instances dirigeantes devront mettre les stades retenus à l’heure du numérique sous peine de subir la fracture avec les supportwitteurs venus de toute l’Europe déjà ultra-connectée. Il paraît que la facture s’élève à 20 millions d’euros, une paille !

Mais la véritable révolution n’est pas là. Le jour où on pourra connecter son canapé aux stades et à ceux de ses voisins, les affluences grimperont de manière exponentielle, soyez-en sûrs. Bref, je connais un drôle d’oiseau qui a de quoi gazouiller peinard encore longtemps !

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A propos Mathieu Jaegert

...là où vont mes mots.
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