En faire des caisses

Celle-là, c’est la meilleure ! Mon garage en a vu défiler, des voitures, mais cette fois, je sens que je détiens la perle rare. Vous avez sans doute remarqué qu’avec les voitures, on en fait toujours trop. On en fait des caisses et c’est précisément pour cette raison qu’on a fini par les appeler ainsi ! A moins que ce soit l’inverse. « Peu importe le modèle, pourvu qu’il y ait l’ivresse », est une formule bannie par la sécurité routière, et pourtant je la fais volontiers mienne. Mon épanouissement dépend de la relation d’échange, de connexion et de communication que nous entretenons elle et moi. Qu’elle soit bourrée d’électronique et moi bourré tout court n’est pas un problème, dès lors que nous partageons les mêmes valeurs. Aujourd’hui, je suis certain d’accomplir un bon bout de chemin avec celle-ci, sans même d’ailleurs avoir besoin de prendre la route. Car, oui, pas une seule de mes voitures n’a quitté mon garage durant ce qui a été parfois une simple collaboration ou une cohabitation forcée. Si l’on me regardait avec des grands yeux à l’époque, les mentalités évoluent, la voiture ayant de moins en moins vocation à rouler ou à transporter, c’est bien connu. Bien sûr, elle roulera toujours des mécaniques, surtout en sortant, pimpante, des ateliers, mais son usage va changer radicalement.

Ma nouvelle bagnole me convient donc au plus haut point. Avant de trouver le modèle idéal, j’ai néanmoins subi des expériences délicates avec des vendeurs sans scrupules et des concessions automobiles qui ne faisaient aucune concession, et où les remises n’étaient pas de mise. Elles portaient décidément mal leur nom ! Il faut dire que la batterie d’arguments avancés par les commerciaux tombait souvent à plat. On ne parle pas le même langage. Tous avancent que les voitures présentées en ont sous la pédale. Je n’ai jamais su laquelle. D’ailleurs, je suis allé jeter un œil plus d’une fois, il n’y a pas grand-chose, ni sous la première, ni sous la deuxième, et pas plus sous la troisième. Il paraît également qu’elles en ont toutes sous le capot. C’est vrai, il y en a des trucs, mais c’est toujours pareil. Rien de très captivant !

Pour être sûr de tomber sur la compagne de mes rêves, j’en ai écumé des magasins, à la recherche de tuyaux. J’ai même pris d’assaut certains points de vente, j’y ai monté des sièges. Entendons-nous, on m’a jamais demandé de monter le moindre siège sur un modèle, j’en aurais de toute façon été incapable. Non, j’ai assiégé des concessionnaires pour obtenir les meilleurs conseils. En vingt ans, j’ai acheté un peu de tout. Je me suis même autorisé une voiture sans permis, je me suis motorisé avec des autos qui faisaient la risée du quartier. Puis je suis tombé sur cette voiture neuve, une occasion à ne pas louper ! Une fois de plus, on m’a pris pour un demeuré quand j’ai expliqué qu’elle resterait à demeure. Le directeur du magasin pensait que j’étais à côté de la plaque. Je ne voyais pas comment je pouvais l’être, sachant que je n’avais justement aucunement besoin de plaque d’immatriculation. Je l’ai entendu glisser à son collègue « lui, il me les brise ». Etonnant au vu de la multitude de pare-brise à la ronde ! Il a ajouté : « il va me faire perdre les pédales ! ».

Bref, l’affaire conclue, je l’ai ramenée à la maison. J’ai très vite compris qu’on serait sur la même longueur d’onde, elle et moi. Pourvue des équipements les plus pointus, ultra-connectée, elle en a des choses à dire. Jamais avare en confidences, elle sait très bien écouter quand il le faut. J’ai aussi découvert qu’elle a du coffre. En réalité, le coffre est tout petit, mais elle sait se faire entendre et donner de la courroie. Notre relation a démarré sur les chapeaux de roue, le premier contact avait été le bon, sans même avoir eu besoin de le mettre, le contact. Nous sommes désormais de véritables amis, inséparables. Je suis si heureux ! Elle est tellement moderne, dans l’air du temps, reliée aux plus belles innovations de l’époque et informée en temps réel des principaux événements à travers le monde. Comme quoi, l’auto au logis n’est pas un mythe, tout juste entrera-t-elle dans les mœurs, puis dans la myth-auto-logie !

Tenez, branchée comme elle est, je suis persuadé qu’elle a un profil facebook. Et si je lui envoyais une demande d’ajout à sa liste d’amis ?

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A propos Mathieu Jaegert

...là où vont mes mots.
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4 commentaires pour En faire des caisses

  1. annickjaegert dit :

    Il ne faut pas confondre être bourré et avoir la grosse caisse ! et quand on a bu il vaut mieux circuler sur une voie de garage !…

  2. Madeleine Deproost dit :

    Je suis rangée des voitures mais celle-là me plaît beaucoup 😉

  3. liliane collignon dit :

    Vous apprendrez tout sur les liens mythiques que vous entretenez avec votre voiture, un bien si précieux qu’il est préférable de garder cet objet digne des plus ferventes concupiscences pour soi, bien à l’abri, en lisant cet article trés dynamique!

  4. Eschylle dit :

    Il est parfois bien vu chez un deux-pattes d’en faire des caisses (sauf s’il cherche à se ranger des voitures), mais rarement d’en lâcher une.
    Moi qui suis un chat, siamois de surcroît, j’aime les caisses et j’adore m’y retrouver avec une chatte équipée d’un beau châssis…
    J’ai ronronné d’aise en lisant ces lignes.

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