Blackout autour d’une page blanche

Si le syndrome de la page blanche est la bête noire des auteurs, j’avais eu jusqu’à ce jour la chance de dompter tous les bouts de papier qui se présentaient à moi. La séance d’écriture de ce matin ne devait pas déroger à la règle. Mais un blackout soudain s’était brutalement imposé aux feuilles éparpillées sur la table. Mes idées s’étaient fait la belle, les meilleures d’entre elles anormalement black-listées par mon cerveau. Alors que je m’apprêtais à mener mon histoire tambour battant, je me retrouvais dépourvu d’allant, déjà lessivé avant même de débuter. Un peu comme si mes trouvailles avaient été lavées deux fois à 90°C, mon récit effectuant ainsi un virage à 180° ! La page qui me faisait face était désespérément blanche et semblait décidée à blackbouler mes idées. Elle n’était que l’ombre d’elle-même, je ne la reconnaissais pas. On aurait dit qu’une couche de white spirit lui avait été appliquée, rendant le papier plus blanc que blanc.

La situation s’était prolongée de longs mois. A mesure que je me faisais un sang d’encre noire, mes cheveux blanchissaient et ma barbe devenait plus sel que poivre. Rien n’y faisait, pas même le stylo Mont Blanc qu’on m’avait offert. Mon désespoir culminait bien plus haut que le sommet le plus élevé d’Europe, je fulminais, pas loin de la colère noire.  J’étais à la fois vert et marron, ce qui pour un daltonien rendait l’issue incertaine, et le sauvetage périlleux.

Un jour, déterminé à sortir de l’ornière, j’avais procédé au remplacement de l’intégralité de mon stock de feuilles par du papier noir. Je ne voyais pas comment succomber au syndrome de la page blanche avec des feuilles noires ! Ça allait à l’encontre de toute logique lexicale me semblait-il. Mais j’avais vite déchanté. Ces pages noires, innocentes de prime abord, étaient rapidement passées au statut de suspectes, puis à celui de coupables. Moi qui étais leur premier défenseur, il me semblait impossible de les blanchir dans cette histoire ! Le cul-de-sac s’imposait à nouveau à moi. Heureusement, les demi-tours étaient souvent possibles dans les impasses, aussi sombres fussent-elles. La lumière était venue un soir d’hiver, le déclic avec elle. C’était inscrit noir sur blanc à l’écran : l’atelier d’écriture proposait un sujet autour du blanc et du noir. J’avais ainsi évacué ma frustration en me saisissant d’une feuille vierge.

Le syndrome ne s’était plus jamais manifesté, de quoi marquer d’une pierre blanche les feuilles incriminées. 

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A propos Mathieu Jaegert

...là où vont mes mots.
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Un commentaire pour Blackout autour d’une page blanche

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