La fête des mères, c’est le bouquet

Chère maman,

La dernière fois que j’ai saisi mon stylo pour demander à une personne autorisée par les autorités compétentes de trancher dans le vif du sujet, c’était à l’occasion des agapes de fin d’année. Ma missive s’adressait alors au Père Noël prié de faire étalage de ses compétences pour départager bûches et galettes des rois. Il avait instruit ma requête avec tout le sérieux qui le caractérise à l’heure où les fêtes s’entremêlent et s’entrechoquent sur nos calendriers, l’aspect commercial prenant le dessus sur les scories chancelantes du spirituel ou du partage sobre. Bien que sobre ne soit pas forcément le terme idoine. Bref, peu importe…

Maman, tu sais à quel point je te rejoins dans ton combat quotidien qui te mène à brocarder les absurdités et à vilipender certaines fêtes comme celle des grands-mères créée on-ne-sait-plus-trop-quand par on-ne-sait-plus-trop-qui pour on-sait-trop-bien-quoi à la fin des années 80. Cette bataille de chaque instant, tu la mènes sans relâche. Et cela doit être usant, non ? Pourtant, depuis le premier collier de nouilles reçu de mes mains fébriles il y a presque trente ans, tu t’accommodes avec un ravissement que ma belle-mère t’envie des attentions répétées  – et quelque peu répétitives, certes – chaque année le jour de la fête des mères. La dextérité sans faille dont j’ai fait preuve envers les coquillettes a laissé la place à d’autres prouesses artistiques. Puis, voilà quinze ans, j’ai opté pour le traditionnel bouquet de fleurs que je m’acharne à renouveler d’une année sur l’autre avec une application de chaque instant également. Mais là crois-moi, c’est usant ! Que ce soit clair, maman, les fleurs c’est une valeur sûre, un cadeau conventionnel, confortable pour un rendez-vous incontournable et convenu, mais surtout con tout court si l’on s’en réfère à ta position habituelle à l’égard de ce type de moment festif. D’ailleurs, la fête des mères, c’est dimanche.

Si je me décide cette année à t’écrire, c’est pour une raison bien précise qui génère toutefois un certain flou dans mon esprit. Je suis un peu perdu depuis hier. Dois-je me résoudre à te célébrer ta fête ce dimanche ? Ou me réserver pour l’an prochain ? En effet depuis hier, ma femme, ta belle-fille, est devenue maman, et toi, maman, tu deviens par la force des choses naturelles jamais contredite jusque-là, grand-mère.

Dis-moi, tu préfères un bouquet pour la fête des mères ou pour celle des grands-mères ? Non il n’y en aura pas deux.

Ah, au fait, c’est un garçon.

A dimanche quand-même.

Ton fils.

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A propos Mathieu Jaegert

...là où vont mes mots.
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