La confrérie des liponymistes

Atelier d’écriture « liponymie »

Un récit sans « avoir », « être » et « faire ».

La liponymie, késako ? Tour à tour figure de style et  concept philosophique, elle devient, à défaut d’enflammer les foules, une activité réservée à une poignée de passionnés. Un art de vivre prôné par les bien-nommés liponymistes, une bande d’auteurs pratiquant assidûment l’évitement. Ils s’imposent en effet des règles strictes consistant à bannir de leurs récits certains verbes, noms ou adjectifs. L’écriture liponymiste vise donc à se défaire de mots vus comme des parasites par des écrivains souvent incompris de leurs contemporains – ce qui, j’avoue, ressemble à un pléonasme.

Un des représentants les plus célèbres de la confrérie mène ainsi une lutte sans vergogne contre les verbes et auxiliaires « faire », « avoir » et « être », sous des prétextes tantôt initiatiques, tantôt esthétiques. Au nom de théories quelque peu aléatoires, les adeptes de ce club particulièrement sélect s’acharnent à délaisser des terminaisons avec lesquelles, justement, ils apparaissent en mauvais termes. Ils affirment à qui veut bien l’entendre que le procédé apporte bonheur et sérénité à leur plume, ce que les non-initiés peinent à saisir. En tout cas, ils y croient dur comme fer, habitués d’ailleurs à le croiser lors de réunions organisées à travers le pays, essayant d’essaimer à la ronde, l’art de la liponymie. Car, oui, mesdames et messieurs, ils la revendiquent comme telle, ils érigent leur passion en art ! Bien sûr, l’activité nécessite un entraînement régulier, leur devise illustrant bien ce propos : « Battre le fer, combattre le faire ! ». Le véritable liponymiste s’astreint à une discipline de fer et à un régime sans « faire », contraint cependant de substantiver de temps à autre quelques verbes, histoire de ne pas subir de carences trop sévères. La rigueur qu’ils appliquent à leurs écrits ne tolère aucune faille, et quand par malheur un oubli se manifeste, on frôle le drame. Suite à plusieurs incidents de ce type, de nombreux membres de cette grande famille jettent l’éponge chaque année, déchirant dans un geste rageur leur carte d’adhérent.

Au cours des ateliers d’écriture qu’ils fréquentent, les plus consciencieux des liponymistes suivent les consignes à la lettre et au nombre de mots près, une attitude jugée absurde par les mécréants, taxés à cette occasion de jalousie. Toutefois, si beaucoup d’études démontrent leur aptitude à l’écrit, elles mettent en lumière une tendance au relâchement à l’oral, les liponymistes usant proportionnellement plus de ce type de verbes en parlant, que l’auteur non pratiquant.

Retenons également l’exemple de cet auteur, passé maître en la matière et sur le point de passer avec sa compagne devant le Maire. Le bonhomme, un peu maniaque de la liponymie, éprouve toutes les difficultés du monde à renommer son « faire-part » de mariage. Il s’agit évidemment d’un cas extrême.

Pour conclure, et malgré ses allures satiriques, je tiens à préciser que ce texte cherche à leur rendre hommage. Ecrire un récit à leur manière, je peux vous assurer qu’il faut le faire ! Oups…je me viens de me faire avoir !

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A propos Mathieu Jaegert

...là où vont mes mots.
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