Profession Maître-ès clichés

Atelier : Clichés et poncifs

 

Suite aux observations linguistiques de robots qui n’ont visiblement pas d’autres choses à faire que de repérer les clichés les plus répandus, mon directeur de rédaction m’a demandé de témoigner. « La balle est dans ton camp ! », m’a-t-il lancé, espiègle. Je l’ai prise au rebond, naturellement. Il faut dire que l’occasion s’y prête. Après une brillante carrière et vingt-cinq ans de bons et loyaux services auprès de la revue « Le Père Pons siphonné », je suis en effet sur le point de passer le flambeau. Arriverai-je à susciter des vocations ?

En tout cas, il me tient à cœur de vous transmettre, très chers lecteurs, quelques ficelles, comme j’ai pu le faire avant d’entrer dans la cour des grands reporters, avec mes stagiaires qui étaient à bonne école. Sachez que mon remplaçant disposera d’une batterie d’outils stéréotypés, des facilités, des tics de langage, des banalités, tous développés en roulant ma plume aux quatre coins de France et de Navarre, dans les lieux les plus communs. Cerise sur le gâteau, je lui confierai moult articles livrés clichés en main. Car oui, les phrases toutes faites ne connaissent pas la crise, la société en regorge et les Français en sont friands. Ce sont d’ailleurs eux qu’ils recherchent avant tout dans les journaux et les magazines. Ils permettent de donner un éclat particulier aux articles de fond fleurissant dans les rubriques faits divers ou chiens écrasés. Enfoncer les portes ouvertes est une activité qui a le vent en poupe, et dans ce métier, aller dans le sens du vent est fondamental, c’est le signe d’une certaine facilité d’adaptation.

Mais attention, n’allez pas croire qu’une simple liste de poncifs vous rendra brillant rédacteur ! Connaître les meilleurs est primordial, savoir les utiliser, c’est mieux. Le journaliste qui prendra ma succession, si je lui simplifie ses débuts, sera attendu au tournant, et, malgré mes fiches méthodiques, sera souvent contraint de revoir sa copie sans pouvoir botter en touche face aux critiques de ses collègues. S’il y a un métier difficile, c’est bien celui de maître-ès poncifs ! Sans cesse obligé de se battre pour placer ses articles, il est souvent amené, pour s’attirer les faveurs de son rédacteur en chef, à tenter de renverser la vapeur en lançant un ou deux pavés dans la mare. Il va sans dire que le risque zéro n’existe pas et que la désillusion éditoriale arrive de temps en temps, mais ça fait le charme de la profession.

En guise de conclusion, voici deux enseignements à retenir. Le premier concerne la quantité. Trop de stéréotypes tuent le stéréotype ! Enfin, il est important de savoir s’entourer. Je ne me suis aperçu qu’il y a quelques années de l’utilité de ne pas partir seul sur le terrain. Depuis cette révélation, un photographe m’accompagne systématiquement…il est encore plus à l’aise que moi avec les clichés ! 

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A propos Mathieu Jaegert

...là où vont mes mots.
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