Cent ans et le verbe haut

Cher toi,

Ton anniversaire fêté en grande pompe, sous l’influence d’un marketing omniprésent, m’incite à t’écrire discrètement. Saisir ma plume va de soi, tant tu as fait pour nous tous. Cependant, je dois me rendre à l’évidence, même si mon encre trempe le plus souvent dans des teintes corrosives ou gentiment moqueuses, tu mérites aujourd’hui un hommage marqué. Cela dit, je devrais bien parvenir à révéler quelques nuances.

Je vois d’ici défiler tes troupes. Ces dizaines de régiments quittant leurs bases et constituant tout autant de corps de métier me laissent admiratif de l’œuvre que tu bâtis. Tes premières fonctions t’ont mené à l’accompagnement des personnes, appuyé en cela par tes auxiliaires dévoués. Le verbe haut et coloré, tu as toujours su imposer tes règles en mêlant rigueur et respect des genres, des époques, des temps. Ton remarquable travail collectif a fait ses preuves au sein des groupes constitués, du premier au dernier. Aujourd’hui encore, tes références exemplaires sont reconnues par tes pairs. En te recommandant massivement, les instances de l’Etat t’ont attribué très vite le premier rôle. Tes multiples interventions dans les écoles ont été appréciées à leur juste valeur par des générations d’écoliers. C’est là que j’ai croisé ta route. 

Inventif, tu continues à traverser les modes, et ton expérience de premier ordre participe à l’engouement autour de ton anniversaire. Jamais à court de bons mots, tu conjugues à merveille passion et application stricte. Ton métier te maintient en forme sémantique et nous ouvre activement les voix. Toujours à l’ombre des médaillés et des lauréats, tu mériterais pourtant un large pan de lumière. A défaut de Palme d’Or, peut-être auras-tu droit un jour aux palmes académiques ? Ou au moins à un titre honorifique, plus valorisant que le titre indicatif. Ta brillante carrière ne prendra en tout cas pas fin du jour au lendemain, âge légal de la retraite atteint ou pas. Toi qui as le déclin lointain et la déclinaison heureuse, il n’y a bien qu’une chose que tu ne déclineras pas, tes responsabilités. Tu fourmilles encore d’idées à faire fructifier pour notre plus grand plaisir d’usagers historiques, accros parfois à tes mots.

Evidemment, en cherchant bien, ces nuances que j’évoque plus haut me viennent à l’esprit. En réalité, tu présentes les défauts de tes qualités. Incollable, tu veux toujours avoir le dernier mot pour montrer que tu sais tout. Difficile d’ailleurs de te contredire ! Souvent tatillon, ta devise « la règle, rien que la règle » te vaut une apparence de rigidité. Toutefois, les décennies et les couleurs ont quelque peu atténué ces traits stricts. D’ailleurs, la règle permet aux initiés de savoureux détournements, des jeux de mots, des jongleries lexicales et autres braquages d’expressions. Tu penses bien que je ne m’en prive pas.

A l’heure où l’espérance de vie augmente, tu ne subis pas les affres du temps et te contrefous de l’énième réforme des retraites à venir. Ta profession est une passion et tu ne battras pas le pavé, mais manifesteras ton utilité auprès de tous. Pour ça, bravo ! Cent ans, Bescherelle, c’est le bel âge ! Continue à faire des petits et des émules.

Bien à toi.

Un bandit que tes bases inspirent…

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A propos Mathieu Jaegert

...là où vont mes mots.
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