Tout est bon dans le bonbon

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A première vue, ce truc a tout pour me casser les bonbons et me chercher des noises. C’est d’ailleurs précisément le principe du jeu du moment sur Internet, briser des bonbons et trouver des noisettes. Vous ne voyez pas de quoi il s’agit ? Mais si, vous savez, Candy Crush, l’application dont l’inventeur gagne son pain en faisant son beurre sur des friandises pleines de sucre, écrasant ainsi la concurrence qui se contente des miettes. 

Le jeu réserve une place de choix aux glucides et il importe de ne pas garder sa ligne pour franchir les niveaux, les alignements ayant vocation à disparaître aussitôt formés. Mais d’où peut bien venir le succès de Candy Crush ? Des couleurs à faire pâlir les daltoniens, d’ailleurs cruellement désavantagés par ce qu’on peut considérer à juste titre comme une discrimination ? Oui, sans doute, en partie. Elles ne sont pas sans rappeler les teintes utilisées par le peintre Kandinsky, pionnier de l’art abstrait. On peut d’ailleurs y voir une seconde corrélation entre l’artiste et le jeu. En effet, si Kandinsky a représenté l’abstrait, ses œuvres, de la première à la dernière, étaient l’aboutissement d’un processus de réflexion cohérent. Ici c’est pareil, si Candy Crush n’a pas plus d’intérêt que de sens en apparence, ses créateurs ont parfaitement pensé ses tenants et ses aboutissants, voire ses tenus – les joueurs mordus – et ses abrutissants – les moyens de fidéliser les adeptes à fortes doses de bonus et de carottes. Ou même les tentants et ce qu’on nommera les « à bout », car il y a de quoi s’user à la longue. Quelque part, le processus de réflexion est le même. C’est le type de réflexion qui diffère. Le jeu réfléchit sur une personne au sens « rebondir » et « déteindre »,  et contamine son entourage par ricochet, tout en déteignant sur sa santé mentale. Le bonbon bourré d’émulsifiants fait des émules, les plus acidulés d’entre eux formant les plus assidus des joueurs. Il paraît toutefois qu’une ou deux conséquences positives se manifestent. Le jeu cartonne en effet au point de détourner les fumeurs de leurs cigarettes, trop concentrés sur leur partie. Comme quoi, c’est en faisant un tabac que la lutte anti-nicotine est la plus efficace !

Mais le revers de la médaille n’est pas loin : l’abus de parties conduit aux inévitables contreparties parmi lesquelles l’accoutumance brutale de millions de fans. La plupart du temps, on plonge sur un détail, une proposition anodine d’un collègue ou une simple envie de se vider la tête. Après tout, c’est gratuit, se dit-on souvent. C’est vrai que ça ne coûte pas bonbon ! Mais, oui, s’ils sont réputés sans additif, le jeu, lui, est bel et bien addictif ! Candy Crush, finalement, c’est être candidat au rush vers cette addiction. Dans un effort permanent pour damer le bonbon à ses amis, leur clouer le bonbec et leur tenir la dragée haute, on les entraîne avec soi. S’il existe des pathologies liées à des substances ou aux jeux, l’addiction à Candy Crush est une maladie à elle seule. Elle a en tout cas été décrétée comme telle par l’Observatoire mondial des maladies psychiatriques alors que des spécialistes sont formés à la hâte pour contrecarrer ses nuisances. Sans succès parfois comme l’indique Sarah, thésarde prise au piège. Son mémoire intitulé « De l’omniprésence de Candy Crush et de ses dérivés dans la vie quotidienne d’une société implantée à la Défense » a été recalé, la jeune femme étant devenue elle-même accro !

La Fédération Française de Candy Crush (FFCC) a bien saisi le danger. C’est pour cette raison que les membres de l’équipe de France suivent tous un programme de sensibilisation à l’addiction leur permettant de vivre pleinement leur passion sans verser dans des pratiques extrêmes. D’autres exploitent le filon. Haribo vend désormais ses chutes de production ou ses paquets périmés à la FFCC dans le but d’entraîner les espoirs de la discipline en grandeur réelle.

Vous l’avez compris, c’est par cette vigilance de tous les instants que Candy Crush finira par trouver une place raisonnable dans notre société.

Quant à moi, j’ai abouti à cette conclusion : on en apprend plus au contact des joueurs qu’en jouant soi-même ! Et je préfère ne pas m’y mettre, ce serait tendre le bonbon pour se faire battre !

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A propos Mathieu Jaegert

...là où vont mes mots.
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2 commentaires pour Tout est bon dans le bonbon

  1. cros dit :

    Tant va la canne au sucre, qu’à la fin elle se dissout. Comme toi Mathieu, malgré les invitations, je ne tomberai jamais amoureuse de ce jeu ! Il parait qu’il y a 10 millions d’utilisateurs par jour, c’est fou !

  2. Je déteste les jeux sur FB, n’en pratiquant aucun et refusant toutes invitations. Je n’aime pas les bonbons non plus. J’ignorais même qu’il en existât un qui s’appelait le Kandinsky. C’est bon d’être éduqué, quand même.

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