De la francophonie à la cacophonie

Du 15 au 23 mars, se déroule la semaine de la francophonie dans le monde. Le ministère de la culture et de la communication vous propose d’inventer votre histoire, en y incluant certains mots.

Etre chargé de l’animation auprès des touristes agglutinés dans les stations de ski les plus réputées ne présentait pas que des avantages. Quand Richard, mon patron, m’avait demandé d’ambiancer une soirée pour un groupe de malentendants, j’avais d’abord cru au malentendu. Mais son « lâche-toi, fais du bruit, ce sera la journée mondiale de l’audition » m’avait confirmé l’invraisemblable consigne. Je le savais complètement à côté de l’enveloppe, timbré parmi les timbrés, mais là, c’était le pompon ! Ça allait au-delà de l’entendement ! Je ne m’y entendais pas, moi, en langage des signes ! Il avait rajouté qu’on approchait de la semaine de la francophonie, m’incitant fortement à orienter mon animation vers les mots et leurs sonorités. Ce type était décidément un ouf dans sa tête ! Un hurluberlu de la pire espèce, à la berlue avérée, tout à la fois sourd aux revendications et jamais avare de fariboles. La francophonie, il en avait de bonnes, ça allait virer à la cacophonie, oui !

Je me suis attelé à dégoter une idée en organisant un brainstorming avec moi-même. Mais plus la date approchait, moins j’étais sûr de mon coup. Mes pensées accomplissaient des zigzags sans parvenir à se fixer sur la moindre trouvaille. Quand j’en avais marre de réfléchir, je chaussais mes skis et dévalais les pentes vers les vallées enneigées, en quête d’un bol d’air bénéfique. En vain. L’échéance se radinait et je fonçais droit dans le mur de neige, frôlant le hors-piste. Toutes celles que j’avais explorées, de pistes, se confondaient, et je sentais déjà le souffle de l’avalanche de reproches que Richard ne manquerait pas de m’adresser. Le retour de bâton allait être terrible.

Je m’étais décidé brusquement, entre le charivari des remontées mécaniques et le tohu-bohu orchestré par les hordes de touristes. Puisqu’il me restait quelques jours, j’allais tester une animation sur un groupe de réfractaires à la lecture. Ceux parmi les ados de la station qui faisaient la sourde oreille dès qu’on leur parlait littérature. Une manière simple de célébrer la journée de l’audition auprès de personnes pas vraiment malentendantes. A force de les enlivrer, ils deviendraient de véritables délecteurs*, des jeunes qui se délectent de livres. Et ce, en moins de temps qu’il n’en fallait pour organiser une soirée pour malentendants. Les idées pour les appâter avaient fini par fuser. Elles affluaient, en pagaille, à tire-larigot. Il n’en avait pas fallu plus pour attirer les Parigots ! J’avais alors fait une publicité d’enfer garantissant le succès de l’évènement…un barouf qui n’était pas tombé dans l’oreille d’un sourd ! Alerté par l’ambiance, Richard avait déboulé vert de rage. J’avais mal compris, c’était un groupe de malvoyants qui s’annonçait. Ma réplique, toute spontanée qu’elle était, avait sonné creux :

« C’est pour ça que tu brailles ? »

* Mot-valise de mon invention…

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A propos Mathieu Jaegert

...là où vont mes mots.
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