De l’influence de l’état civil sur notre écriture

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Favoriser les lettres de nos noms confère-t-il plus d’investissement personnel à nos textes ? Cette question tout aussi existentielle que cruciale occupe mon esprit depuis qu’un auteur a eu cette idée brillante de la soumettre à un atelier d’écriture. Si la phrase précédente vous semble empreinte d’une pointe d’ironie, c’est que vous commencez à connaître ma plume. Cela dit, loin de moi l’idée de mépriser le rédacteur, bien au contraire, je ne vais pas me défiler, c’est-à-dire fuir le défi.

Si la consigne est claire, elle tranche quelque peu avec l’allure philosophique du sujet. Il s’agit d’écrire une histoire avec le maximum de mots formés des seules lettres de nos prénoms, noms, voire de notre ville de naissance si besoin.

Le travail mécanique d’assemblage peut débuter. Les lettres concernées devant les yeux, je noircis peu à peu des feuilles entières. A la 143ème page, à moins que ce ne soit la 144ème, mais cela n’a aucune importance en réalité, je stoppe net mon énumération. Je reconsidère brusquement la question. Non pas que je doute de l’ampleur de mon investissement, mais je viens de m’apercevoir que l’alphabet figure en intégralité dans mon état civil. Il faut dire que j’ai cinq prénoms, rien que ça ! Ne me demandez surtout pas pourquoi, peut-être mes parents avaient-ils eu connaissance de cet atelier d’écriture à l’époque ! Bref, l’ensemble du dictionnaire est en train d’y passer ! J’ai foncé plume baissée et me voilà piégé.

Un temps de réflexion s’impose. Et si la consigne était rédigée à l’envers ? Ou partiellement ? Finalement, favoriser l’investissement personnel avantage-t-il nos lettres ? Mais surtout, l’investissement personnel est-il gage de textes réussis ? C’est précisément le type de question qui se vérifie après coup. Fort de cette idée, je finis par découvrir que tout est possible en la matière. Ainsi, par exemple, n’accorder aucun passe-droit à une ou deux lettres peut amener à des chefs-d’œuvre de la littérature, « La disparition » de Georges Perec venant illustrer à merveille ce propos. J’ai saisi également comment les écrivains choisissent leur pseudo, en épluchant leurs œuvres page par page jusqu’à établir des statistiques on-ne-peut-plus fiables des lettres les plus utilisées. La méthode m’aura  ainsi permis de dépasser allègrement le champ d’application de l’atelier et de surpasser le génie du concepteur du sujet initial !

La cerise sur mon texte réside toutefois ailleurs. Après ce travail de fourmi auprès des plus grands, je me suis penché sur mon propre stock de textes, flairant la bonne idée. Je n’ai gardé que les meilleurs, les plus aboutis. Et, ô surprise, voici le surnom qui se détache naturellement de mes lettres préférées :

« Bandit littéraire ».

J’en suis resté plume bée !

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A propos Mathieu Jaegert

...là où vont mes mots.
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Un commentaire pour De l’influence de l’état civil sur notre écriture

  1. Palette d'expressions- dit :

    Et bien continue à l’être ce Bandit, continue de détourner les consignes et les mots, c’est ainsi que l’on aime te lire ! 🙂

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