Nous mettre au pare-fin

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Le constat est implacable, on ne rit pas assez de la mort. Si on peut mourir de tout, on ne meurt qu’une fois, autant donc en rire une bonne fois pour toutes. Et si possible avant l’échéance pour des raisons évidentes, la principale étant la difficulté de se retenir et d’attendre sa dernière heure pour le faire. On sourit bien aux nouveaux nés, pourquoi ne pas rire au nez de la mort ? A y regarder de plus près d’ailleurs, celle-ci se prête à l’amusement bien plus qu’on ne l’imagine de prime abord. Ainsi, l’analyse sémantique est parlante.

Tout le monde le martèle, un décès, ça se prépare, mais comment voulez-vous procéder lorsque l’opacité la plus coriace règne autour du sens des mots ? On n’a en effet qu’une mort, « défunts » devenant par conséquent un terme parfaitement inapproprié. Quand j’ai découvert ça, autant vous avouer que ça m’a refroidi. Il faut dire qu’il y a de quoi se retourner dans sa tombe. Bien sûr, c’est une expression, aucun mort ne se retourne dans son cercueil, c’est impossible, l’endroit est trop exigu. Même si on ne décide pas de notre fin, il est donc préférable de choisir un autre terme ! Il s’agit bien entendu ici d’une incohérence termi-no-logique, c’est-à-dire sans logique.

Tenez, un autre exemple d’aberration. Les meilleurs placements et les façons de les amortir nous sont proposés. Il faut reconnaître que passer de vie à trépas rime avec devis pas très bas. En clair, on essaye d’épargner pour notre mort alors qu’elle-même n’épargne personne. Un comble !

Non, décidément, il n’est pas chose aisée de préparer sa fin de vie, et on ne le fait jamais assez bien ! La preuve, aucun mort n’a un jour affirmé le contraire. Et vous pouvez tenter de recueillir leurs témoignages, vous constaterez votre impuissance à leur tirer les vers du nez  – et d’ailleurs – tout juste finirez-vous par vous recueillir tout court.

Il paraît que réfléchir aux préparatifs, du décès aux obsèques, doit permettre de ne pas rester sur sa fin le moment venu. Va falloir m’expliquer comment rebondir, dans ce cas !

En réalité, je me demande si ce n’est pas la mort qui se fout de nous. Si on fréquente l’Etat civil à la naissance, il devient souvent si vil en fin de parcours. De la même manière, naître dans la gloire et le succès ne présume en rien de sa mort, qui peut revêtir les couleurs de l’échec, plus connu sous le nom de mort-bide.

Et justement, pour que ce texte n’en soit pas un, j’aurais tout intérêt à trouver une formule finale incitant à l’optimisme.

Vous savez, je n’en démords pas, la mort, on peut s’en amuser. De toute façon, c’est bien connu, on peut rire de tout avec tout le monde, même si je connais peu de morts qui souriront en parcourant ces lignes.

Mais si en plus d’en rire, on la combattait ?

Et si on parvenait à tous mourir d’une belle mort, aurions-nous droit au tom-beau nous libérant de son emprise ? Ne dit-on en effet pas, « à tombeau ouvert » ?

Aujourd’hui, on embaume les défunts. C’est bien, mais pas suffisant. Et si on appliquait aux vivants un parfum salvateur ?

Un pare-fin. Et le bon sens veut qu’un pare-fin avant la fin, c’est mieux !

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A propos Mathieu Jaegert

...là où vont mes mots.
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