L’écriture, une question de non-sens ?

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On rabâche à tout bout de champ aux auteurs qu’ils doivent donner un sens à leur écriture. Et cela même lorsqu’il n’y a pas l’ombre d’un terrain cultivable à l’horizon, c’est dire à quel point on les serine. A force de l’entendre, j’ai planché sur l’injonction. Cela n’a en effet aucun intérêt de se pencher sur la question vu le caractère impératif du conseil qui ne laisse pas la moindre place à l’interrogation. Remarquez, imprimer un sens, ça tombe sous le sens, justement. Reste à savoir lequel, et comment ne pas tomber trop bas, ou de trop haut, ce qui doit revenir au même. Ou l’art de se pencher sur un problème sans basculer.

J’ai d’abord tenté de conférer du caractère à mes récits en participant à des ateliers, mais je me suis vite rendu compte que ces appels à textes sont limités en caractères. La seconde étape a consisté à remettre de l’ordre dans mes idées foisonnantes. Mes notes étant sens dessus dessous, je me suis dit que les mettre sens dessous dessus devait inverser la tendance. Erreur, elles ont fini plus que jamais sans dessus dessus, voire sans dessous dessous, difficile d’en être certain.

Je me suis alors mis en quête d’un sens, et j’ai choisi le bon. Cependant, le bon sens n’est jamais aussi évident qu’il n’y paraît, l’auteur devant par exemple imposer son style, sa propre sémantique avec des mots qui ne sont propres qu’une fois sur cent, et encore. Tout juste arrivais-je à écrire à tambour battant, ce qui ne signifiait pas que mes mots sortaient nettoyés du lave-linge. Le bon sens devait me permettre d’aller à l’essentiel, je crois qu’en réalité, s’il m’y emmenait, je n’y étais jamais arrivé, me perdant en route dans des élucubrations que je n’aurais pas l’idée d’utiliser aujourd’hui, ça va de soi. 

Il me fallait donc impérativement prendre du recul. C’est ce que j’ai fait en me mettant à la place de mes possibles lecteurs. Après avoir parcouru une première fois mes textes à la recherche de sens cachés, j’ai fini par les trouver en lisant entre les lignes. Bien sûr, je me suis vite aperçu de l’absurdité de la démarche : je n’avais aucun mérite puisque c’est bien moi qui les avais dissimulés ! J’ai également constaté à quel point le bon sens était sérieux et repoussant. De quoi faire repartir le lecteur en sens inverse.

Une décision radicale s’imposait, je devais franchement modifier ma façon de rédiger. J’ai donc choisi un matin d’adopter un style décalé, par une translation syntaxique dans le sens de l’humour. Je me suis rapidement pris aux jeux de mots et attaché aux non-sens. Je venais de trouver le chemin du sens recherché, et ça me laissait sans voix ! Comme quoi, le non-sens, à défaut d’être bon, est peut-être le meilleur. 

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A propos Mathieu Jaegert

...là où vont mes mots.
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3 commentaires pour L’écriture, une question de non-sens ?

  1. cecilia keller dit :

    Heureusement ,que je peut à peine lire et comprendre la majorités des textes…je ne pourrais jamais me mettre à vos niveaux … mais ça fait déjà plaisir .Si tes mots ont un sens…et nous font réfléchir et marrer comme tu les fait…pour moi, c’est magnifique… Tu cultives et tu nous enchante.. Oyez…Oyez…. Noble Citoyen!

  2. MasterFlood dit :

    Quand j’écris, moins ça a de sens et mieux je me porte.

  3. Madeleine Deproost dit :

    Il faut donner du sang à l’écriture !!! Mathieu, tel est le sens de cette phrase.
    Tu l’as interprétée à ta matière, comme d’habitude ! Et c’est très bien 😉

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