D’illustre inconnu à inconnu illustre

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Un portrait avec mots imposés…

 

On croit connaître par cœur son histoire, sa désignation, sa renommée méritée, soudaine et posthume. Lui dont on ignore complètement s’il voulait être quelqu’un, est donc devenu célèbre plusieurs années après sa mort, en étant reconnu inconnu.

Deux photos peuvent résumer sa vie mais quelque chose ne passe pas entre les deux. Le premier cliché d’époque, en noir et blanc, le représente – imagine-t-on – parmi ses camarades. L’autre, en couleur, met en scène sa tombe décorée et fleurie chaque année. Si elles illustrent parfaitement comment s’est illustré ce soldat sur le Front de Verdun, elles interpellent tout autant. Et si sa volonté la plus chère était de se fondre dans la masse, sans viser d’aucune façon une quelconque reconnaissance ? De quoi ébranler notre vision de l’homme et de son statut si rare. Qui peut en effet se targuer de la double appellation d’illustre inconnu et d’inconnu illustre ?  S’il y en a un qui a mérité le repos éternel, c’est bien lui. Pourtant, il est sans cesse dérangé par une escouade d’officiels costumés et médaillés du képi jusqu’aux chaussures. Des années que ça dure alors qu’il aurait probablement tout fait pour qu’on lui fiche la paix.

Selon Auguste Thin qui l’a peut-être bien connu, ou peut-être pas du tout, dans cette histoire, les paradoxes sont légion. Quand certains tentent de se faire connaître en sortant des sentiers battus, lui est devenu soldat inconnu en sortant des tranchées abattu. De même, s’il devait être très connu au bataillon, et s’il a combattu pour la nation, il a fini inconnu à Paris, inhumé loin de Nation et sans doute tout aussi loin de ses proches. L’inconnu de l’Etoile est antinomique avec l’inconnue mathématique. Si on la pose pour déterminer sa valeur, lui, on l’a posé sous l’Arc alors qu’on connaissait parfaitement la sienne.

Pour celui qui a choisi ce soldat parmi d’autres quidams tombés plus ou moins près du Chemin des Dames,  le soldat inconnu gagne à être connu, tout comme ses compagnons d’infortune, finalement. Autrement dits, ces derniers gagnent à être inconnus au moins autant que l’heureux élu. Il va de soi qu’heureux, c’est un grand mot, mais les grands mots pour la Grande Guerre, c’est logique.

Là où n’importe quel homme, perturbé par l’enchaînement des hommages, aurait perdu la tête, lui ne bronche pas. Régulièrement placé sous le feu des projecteurs comme il l’avait été sous celui des combats, il reste stoïque. 

Le soldat enterré sous l’Arc de Triomphe est sans doute le seul homme à être à ce point connu et inconnu.

Je m’interroge toutefois. Pourquoi ne pas chercher à savoir qui il est une bonne fois pour toutes ? D’autres inconnus auraient certainement été ravis de prendre sa place d’inconnu. D’ailleurs, pour postuler à cet honneur, il n’est pas besoin de vouloir se faire un nom, bien au contraire. Et dans ce milieu des célébrités, c’est si rare ! 

Au fond, la question mérite une attention particulière. Et si finalement on l’identifiait, peut-être aurait-il droit à un soudain anonymat ? Celui dont il aspire depuis tout ce temps…

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A propos Mathieu Jaegert

...là où vont mes mots.
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