Du fil à retordre

Un texte qui date un peu. C’est arrivé, et ça arrivera encore…


C’est lui. Pas grand monde a évoqué son nom qui circulait au second plan dans la liste des suspects. Il a su éloigner les soupçons. Mais c’est bien lui, j’en suis persuadé. L’enquête pourrait le déterminer. Elle ne le fera pas, étouffée par les pressions des uns et des autres. C’est pourquoi j’ai décidé de vous livrer ma version des faits en même temps que l’identité précise du coupable.

Au cours de la cacophonie qui a régné, il s’est montré discret, silencieux. Maintenant, il avance masqué, espérant toutefois que nombreux seront ceux qui feront appel à lui dorénavant. Il a d’ailleurs eu le temps d’échafauder autant d’alibis qu’il avait de mobiles. Ces mobiles, il les avait sous la main, le coude, et le pied. De vieilles rancœurs attisées par une information plus récente. Il a commis son forfait à plusieurs reprises. Une première fois, puis il l’a renouvelé aisément jusqu’à réussite de son projet. Bien sûr, il lui a fallu s’engager, mais il a limité les risques encourus. Avec ses alibis en béton armé, il est parvenu à brouiller les pistes, à égarer ses adversaires et les enquêteurs qui ont eu faux sur toute la ligne. Il avait minutieusement préparé l’ensemble du dispositif et les manoeuvres en découlant. L’opérateur principal était en place depuis longtemps, un brin anesthésié quand-même. L’agression était certes cousue de fil blanc, bleu, vert et orange mais le bonhomme avait constitué son réseau, un maillage solide et étendu lui permettant de bousculer celui de ses adversaires.

L’attaque a été fulgurante, mettant sur la touche des gens en pagaille, les laissant sans voix, aphones, sur le carreau, contraints de déclarer forfait. Ils ont perdu le fil en cette fin d’après-midi. Certains ont perdu patience aussi, mettant en relief leur absurde dépendance à l’appareil, au gadget, au compagnon.

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Le roi de la téléphonie était à terre, devenu pendant quelques heures le pompier de la cacophonie ambiante. Histoire de colmater les brèches ouvertes par ce coup pendable assénés aux perpétuels pendus aux portables, aux I-phone, aux « I-trucs » et aux « I-bidules », mordus de nouvelles technologies. Les abonnés d’Orange ont vu rouge. Ils n’ont pas tout compris.

Alors bien sûr, ces quelques lignes était destinées à vous embobiner, elles étaient quelque peu téléphonées, mais c’est de bon aloi, ça ne mange pas de pain, c’est de bonne facture. Le patron d’Orange, lui, a eu le temps de réajuster sa cravate pour distiller des paroles réconfortantes auprès des pèlerins et fidèles amassés devant leur écran, et désormais arrimés à leur smartphone, guettant la confirmation rassurante de la compensation de cet immense préjudice. Car oui, les cures de désintoxication seraient nécessaires, mais là, c’était bien trop brutal.

Revenons cependant à l’identité du responsable. Je vous avais promis de vous dévoiler son nom. Eh bien je vous prie de croire en l’assurance bancale de cette promesse de Gascons.

Ah si j’ai une idée ! Vexé qu’on ne parle que très peu de lui dans l’histoire de feu le Minitel, le guignol et fantasque patron de free a dû passer à l’action.

Guy Niol s’est vengé.

Comment ? Ce n’est pas comme ça qu’il se nomme ?

Il s’appelle Xavier Niel ? Ah !

Et ça change quoi ?

 

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A propos Mathieu Jaegert

...là où vont mes mots.
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Un commentaire pour Du fil à retordre

  1. cros roselyne dit :

    J’ai relu et savouré ce texte !

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