Foutus lendemains de Noël blanc !

le-pere-noel-en-otage...Pourquoi donc les contes de Noël devraient-ils toujours bien finir ? Les exceptions devaient exister. Je manquai d’en faire l’expérience cette année à tel point que je faillis rendre mon tablier, mes bottes et mes gants. Je suis Père Noël de mon état et j’avais terminé dans tous mes états. Ce job est pourtant tout pour moi. Une vocation, un véritable sacerdoce.

Cette fois cependant, après avoir vidé ma hotte, j’eus besoin de vider mon sac. Des millions de mioches avaient été gâtés, leurs souliers garnis de friandises, mais ce fut au tour de la situation de se gâter. Et moi, j’étais dans mes petits souliers. Il faut dire que si le monde entier préparait ma venue, soignant sapins et cheminées, en rivalisant d’ingéniosité empruntée ici à la tradition et là à l’imagination, ces mêmes personnes se contrefoutaient de mon retour une fois ma mission accomplie. Mon trajet s’annonçait des plus périlleux. La faute à la neige. Elle brillait par son absence le jour de Noël et de sa présence verglaçante aujourd’hui. L’or blanc avait bullé, faisant de ce 25 décembre un Noël plus blanc de blanc que blanc. La neige avait levé le pied quand les verres à pied se levaient et s’entrechoquaient. Mais elle avait effectué un retour brutal, décrétant que les familles continueraient de trinquer après le repas, parechoc contre parechoc. Sortir de table était une chose, les sorties de route une autre. Evidemment, la neige en elle-même n’avait pas de quoi effrayer un Père Noël digne de ce nom. Ce fut la pagaille générée qui mit mes nerfs à rude épreuve. L’hiver se marrait et le sang-froid des uns et des autres se barrait. Automobilistes et médias paniquaient aux premiers flocons d’un épisode qui n’avait de tempête que le nom. Une tempête dans un verre d’eau, oui !

Je repensai à mes premiers pas dans le métier. Une carrière débutée sur les chapons de roue, à l’heure des dindes farcies. Et voilà que je devais me farcir ce type de déconvenues. Une galère sans nom ! J’avais perdu mon latin deux ans plus tôt et mon patin l’année dernière. Cette fois, j’allais perdre mon lutin, mon dernier lieutenant, fidèle de la première heure. Les autres avaient tous quitté le navire aux premiers heurts. Enfin le traineau, plutôt.

Evidemment, j’aurais dû voir venir la catastrophe. Les journalistes tenaient leur info depuis trois jours : une couche de neige. Ça, ils en tenaient une, de couche, et une bonne ! En revanche, ils ne tenaient plus leurs envoyés spéciaux qui portaient bien leur nom, à l’affût du moindre dérapage. En réalité, il y avait plus de dérapages au micro que sur les routes. Des médias à côté de la plaque de verglas qui me tapaient sur le système. La magie de Noël, reléguée au second plan, était remplacée par une actualité météo version « mets tes hauts et tes bas », servie par des présentateurs givrés, prompts à s’enguirlander après avoir dépouillé le sapin du studio. Les bisons futés ne l’étaient plus, complètement dépassés par les évènements. Il aurait fallu affréter des hermines plus adaptées aux circonstances, mais le Breton n’était pas prêteur.

Et moi j’étais coincé au milieu des naufragés, sans mon costume pour passer incognito. Heureusement, il me restait quelques chocolats fourrés, de quoi affronter ce coup fourré. Soudain, je vis surgir de la foule des visages connus. Deux de mes anciens lutins. Il ne me fallut pas longtemps pour les convaincre de m’aider à nous sortir de ce bourbier. A quatre, le traineau put prendre la voie des airs, comme tout convoi de Noël qui se respectait.

Je leur devais une fière chandelle, même si je ne pus les retenir. Je finis donc ma route tout seul, persuadé finalement d’avoir renforcé ma vocation. Comme quoi, les contes de Noël finissaient rarement mal. J’étais ravi de regagner mes pénates et le monde féérique des cadeaux.

J’eus ce soir-là une révélation. Je saisis d’un coup pourquoi le Père-Noël est éternel. Tout le contraire de la neige, d’ailleurs, malgré ses affirmations.

Si je connais une telle longévité, c’est parce que je vis en permanence dans le présent. Dans les présents, même !

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A propos Mathieu Jaegert

...là où vont mes mots.
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