L’Alsace vue par un bandit dénué (cette fois) de mauvaise foi

En complément d’un texte paru ailleurs, et de mes propos à tendance humoristique sur la Bretagne…

Si l’Alsacien est doté d’un sens aiguisé de la taquinerie comme en témoigne le texte « Mauvaise foi alsacienne envers la Bretagne », il va de soi que l’Alsace est soumise, elle aussi, à diverses plaisanteries. Mais les moqueurs devraient aller plus loin. Ces quelques lignes en feront la démonstration tout en rétablissant un semblant de vérité. Il est évident que toute mauvaise foi a disparu de ma plume.

Certaines personnes s’amusent de voir le Bas-Rhin positionné au-dessus du Haut-Rhin. L’explication est logique mais ce texte se voulant dénué de sérieux, je la passerai sous silence. Le Haut a beau être sous le Bas, celui-ci assume, pas comme ailleurs en France. La Loire, la Savoie ou la Vienne ont d’emblée refusé l’adjectif, le jugeant péjoratif. D’autres ont bassement contourné le problème en s’adjoignant les services d’un autre cours d’eau. Plus facile sur le papier de se nommer Tarn-et-Garonne que Basse Garonne.

Le Bas-Rhin, en plus d’assumer, revendique. En effet, ça fait plaisir aux Haut-Rhinois plus à même de commettre quelques blagues faciles auxquelles les Bas-Rhinois répondent du tac au tac.

Encore faudrait-il qu’ils se comprennent. C’est loin d’être évident. Il est de notoriété dialectale que l’Alsacien du Nord ne saisit pas le jargon du Sud, et vice versa, l’accent ou le vocabulaire du patois différant d’un endroit à l’autre. Les mentalités aussi. Au-dessus de Strasbourg, on a du mal à admettre par exemple que les habitants du Sundgau, région bossue (et aux moeurs étranges) s’étendant du Sud de Mulhouse au Territoire de Belfort, se nourrissent abondamment de « carpes – frites ».

En parlant de spécialités culinaires, si les touristes nous les envient, ils rechignent à les prononcer, se plaignant du caractère germanique de la chose. Mais ils font erreur. L’exemple typique est celui de la « flammenkueche ». Imprononçable, je vous l’accorde. Eh bien justement, il n’y a que les touristes qui essaient de le prononcer. Tout bon Alsacien dit « tarte flambée », moi le premier.

En matière de gastronomie, nous recyclons également les plats d’autres pays qui pour une raison ou une autre, s’empressent de nous les confier. Le dernier exemple est grec. Les restaurateurs de la région avaient anticipé la crise. Ils proposent le désormais célèbre « Bibelakass ».

Cependant, en matière de cuisine, là encore, les interprétations divergent suivant le département.

Si l’on s’accorde sur le genre de « bretzel », nom féminin, contrairement à ce qu’on pourrait pratiquer ici ou là, sur certains mots, il en va autrement. On écrit ainsi « mannala » (petit bonhomme brioché) dans le Haut-Rhin, et « mannele » dans le Bas-Rhin. Pareil pour bredala (et bredele), petits biscuits typiques. Ca pourrait n’être qu’un détail si les Alsaciens n’étaient pas capables de débattre des heures sur la sémantique, avec néanmoins l’humour qui les caractérise.

Le régime local n’est pas seulement garni grassement de sucres et de lipides, il est également pourvu généreusement en jours fériés que les autres Français nous envient. Deux de plus que dans le reste du pays. Et tout contestable que soit le droit local, le sujet de son abrogation est tabou. Les Alsaciens seraient capables, si on y touchait, de faire exploser des paillotes, même s’il n’y en a pas en Alsace?c’est dire comme ils sont déterminés !

Dans le domaine du tourisme, comme en politique d’ailleurs, les Alsaciens sont très forts. Ils parlent d’une même voix, ou presque. Tout est beau, grand, propre, typique, tous les politiques sont à droite ou vers la droite comme les Divers Droite, les Démocrates de Droite, le Centre Droit.

Tout est fait pour attirer (et leurrer) le touriste. Comme la superficie de la Région est minime, il est facile de visiter la plus haute des cathédrales (Strasbourg), la plus belle (Thann), la plus ancienne. Toutes les villes sont des capitales. Strasbourg, capitale européenne et alsacienne, Colmar, capitale des vins d’Alsace, Mulhouse de la Haute Alsace. Si on cherche bien, il y a une capitale de la route des vins, et une de la route des crêtes.

Le microclimat de la plaine permettant à Colmar de détenir le titre de ville la plus sèche de France (j’insiste) devrait également obliger l’Alsace à changer de fuseau horaire. Les Vosges se dressant à l’Ouest et la Forêt Noire à l’Est, il est évident que l’impact sur la luminosité est colossal.

Bref, là où les rivalités intra régionales sont bien réelles, Haut-Rhinois et Bas-Rhinois s’entendent pour alimenter le folklore de quelques blagues de bon aloi, et ainsi faire parler un peu plus de cette si belle région. Les autres Français aiment se quereller pour trois fois rien. Ici l’ordre, la logique, la géométrie et le bon sens prévalent. Je citerais un dernier exemple :

S’il est admis par la règle que les voitures roulent à droite partout en France, avez-vous déjà vu un train rouler à droite ? Si oui, ça ne peut être qu’en Alsace ! Cherchez l’erreur !

Note : ce texte a bien entendu été écrit par un Alsacien doué d’un chauvinisme léger, très léger.

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A propos Mathieu Jaegert

...là où vont mes mots.
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