Mini traité de sociologie facebookienne

facebookAu moment de m’inscrire sur facebook, en parfait béotien, j’ai enfilé la tenue adéquate, pull et jeans. Le look de Zückerberg m’avait convaincu en aussi peu de temps qu’il m’en avait fallu pour comprendre que l’habit ne faisait pas le mur. J’aurais en effet pu rester en pyjama. En revanche, les bons comptes faisant les bons amis, je me suis attelé à remplir mon profil avec soin et sans amis. Ils n’arrivaient d’ailleurs pas. Tout compte fait, mieux vaut trouver les amis avant de penser à rendre bon son compte ! J’ai donc décidé d’observer mes potentiels camarades, leurs parcours, leurs habitudes. Que d’enseignements ! Facebook bouillonne d’une vie foisonnante où les contenus – qui ne se tiennent pas toujours – défilent en un flot ininterrompu. Facebook libère la parole, mettant en avant de nouvelles formes de partages confraternels, même si le fraternel a ses limites. Dans ce paysage bleu, l’entraide reverdit. Tellement simple de donner un coup de pouce à son prochain. Tout le monde s’aime, c’est beau. Enfin en apparence. Car c’est bien de cela dont il s’agit, d’apparences.

Au départ, on m’a demandé d’ajouter une photo de profil, ce qui m’a paru incongru. Je n’en avais pas. Les autres ayant dans l’ensemble tous opté pour une photo de face, je les ai imités. Idem pour la photo de couverture : polaire ou en coton, pas la moindre trace chez mes compères. Ici, pas de murs de briques, mais des murs de clics. Les icônes et émoticônes mises à disposition permettent de véhiculer des émotions par écrans interposés, quel progrès !

Cela dit, mon embryon d’enthousiasme a commencé à s’effriter après avoir participé à un atelier de tags au sein d’un groupe intégré contre mon gré. Abondance de biens ne nuit pas, abondance de liens, si. Les contenus multimédias deviennent mult’immédiat : en grand nombre et en même temps.

La vérité s’est révélée au fil des jours. Les demandes d’amis se sont succédées, parfois suspectes. Des personnes surgies de nulle part ayant toutefois quelques amis communs avec moi. Ces derniers, quand je les interrogeais, me répondaient : « Lui ? Je ne sais pas qui il est mais Machin l’a comme ami, alors… » Alors quoi ? Il y avait bien anguille sous clic.

Habituellement, faire jouer ses relations permet de nouer de nouveaux contacts, ici non. Essayez de faire jouer vos amis à Candy Crush et compagnie, vous verrez qu’ils fuiront. A l’inverse, si vous souhaitez quitter un ami, rien de plus simple. Inutile de palabrer, l’éviction se fait d’un seul clic. Facebook a compris qu’on peut ne plus pouvoir se voir sans même s’être croisé un jour. Fortiche ! Il faut dire que sur son propre compte, on peut écrire des méchancetés sur le compte des autres, et sur leurs propres comptes également !

Facebook donne l’illusion de pimenter les vies, mettant du sel « j’aime » à toutes les sauces. Certains parviennent à aimer leurs propres statuts, se heurtant aux méfaits des régimes riches en sel.

En fin de compte, sur facebook, on naît tous égaux et on finit tous égo ! Et si l’idée de déplacer mon compte en Suisse n’a pas de sens, je pourrais songer à m’évader « fissa-lement ».

 

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A propos Mathieu Jaegert

...là où vont mes mots.
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5 commentaires pour Mini traité de sociologie facebookienne

  1. denisgentile dit :

    Mais les liens sont des biens, ils sont bien cultivés bien sûr 🙂 Excellent Mathieu, comme d’habitude et les habitudes sont parfois bonnes !

  2. Tu sais ce que j’en pense, alors… 🙂 Au moins, t’as pas une tête à clic.

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