Objet trouvé, espèce en perdition ?

objet trouvéBébert, spécialiste français des objets trouvés, tutoie les tous meilleurs de la planète. Sa thèse « Objets trouvés : institution forte ou en péril ? », venue couronner un parcours sans faute, fait référence dans le milieu. Aujourd’hui, il dirige l’Institut National de l’Observation de l’Objet. Mais ce qu’il pressentait au moment de sa soutenance se confirme. Le vent tourne. La faute à l’invasion des objets connectés. Ils mettent en danger le principe de l’institution qui veut qu’un objet trouvé soit non retrouvé, ou qu’il le reste le plus longtemps possible. Bébert sent bien que l’époque change, sous les assauts incontrôlables des puces, du langage binaire, des ondes ou d’Internet. Tout passe sous leur joug et leurs Joules. Absolument tout. La faïence en e-mail avait ouvert la voie, par l’intermédiaire de ses émaux de Longwy-fi, rapidement suivie de tous les fabricants de cottes de mails. Maintenant, les objets connectés sont monnaie galopante. Le réveil illustre le phénomène dans toute sa splend’heure. Obéissant au doigt et à l’oreiller, il donne l’heure exacte tout en étant réglé sur Deezer en permanence.  Une véritable industrie se met en place, éloignée du sur-mesure mais dédiée à la mesure peu sûre. La can-net, qui se boit pareil mais s’ouvre différemment, analysera vos gorgées et vos goûts quand un régime riche en fibre optique s’imposera. Symbole de la révolution, le poireau wifi et son slogan : Harobase sur les fils ! Même la cabine de douche s’y met, devenant musicale et imposant l’utilisation de pommeaux…waterproof ! Que dire des cigarettes bientôt connectées ? Volutes et vos luttes passées au crible, vous ne fumerez plus pour des clopinettes, mais pour des clopi-net.

Tout ça ne présage rien de bon pour l’Institut de Bébert, même si on égare rarement son poireau et son pommeau. Cela dit, l’homme en a vu d’autres. Aucune raison d’avoir peur. De toute façon, il ne peut pas paniquer, il a déjà opté pour des pédales connectées, bien plus difficiles à perdre. Car c’est bien de cela dont il s’agit. A quoi sert de continuer à faire appel aux services des spécialistes de l’objet trouvé, du responsable de service au gardien des clés, dès lors que vos effets personnels sont reliés à votre identité ? A peine égarés qu’ils seront déjà retrouvés. Bébert pense aux familles de ces centaines de fonctionnaires dont il n’a jamais compris pourquoi la mission n’est pas devenue régalienne ! Comment accepter qu’elles se retrouvent sur le carreau ? Oui, on connecte bel et bien tout, à tout-va, partout, tout le temps. A tel point que ce genre de scène se banalisera :

– Eteins la télé, on passe à table !

– Bah non, si je la déconnecte, le four s’arrête !

Mais en éternel optimiste, Bébert sait qu’un jour quelqu’un croira inventer le premier objet non connecté. C’est alors que l’institution des objets trouvés renaîtra de ses cendres, petit à petit. Avant cela, Bébert prend une décision pour donner un second souffle à sa carrière. Demain, il débute un doctorat de l’objet connecté. Une formation dispensée par l’Ecole de Nationale Supérieure de l’Emballage et de l’Ouverture facile.

(A suivre…probablement !)

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A propos Mathieu Jaegert

...là où vont mes mots.
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2 commentaires pour Objet trouvé, espèce en perdition ?

  1. denisgentile dit :

    Avant d’être un spécialiste du web, j’étais un expert des objets trouvés. Comment passe-t-on de l’un à l’autre ? C’est la curiosité et la volonté de faire quelque chose d’utile. Je suis donc un ancien Bébert et j’en suis fier, je connais les procédures des objets trouvés sur le bout des ongles et aujourd’hui les ondes du wifi n’ont plus de mystères pour moi. Sans le savoir, tu viens peut-être de définir ma véritable vocation ! En additionnant mes compétences, je devrais dans les années à venir devenir un expert des objets trouvés connectés et je ne crois pas que cela soit un métier sans avenir, mais c’est enfin l’opportunité pour le responsable du « lost and found » de bien faire son travail en trouvant le propriétaire de chaque objet perdu.

    • Incroyable, j’aurais voulu faire exprès que je n’aurais pas fait mieux…Tu as raison, le métier d’expert en objets trouvés connectés a des perspectives…Et si je les brocarde un peu, cet univers me fascine avant tout. Merci Denis.

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