Max, maître brasseur d’air

imagesS’il y en a un qu’on ne peut pas louper à la brasserie L’Atuvue, c’est le serveur. Le bonhomme a développé le don de se trouver en permanence à côté de la plaque de cuisson. Remarquez, il est dans son rôle, sa place ne se situant pas en cuisine. Nommons-le Max pour la suite du récit. Ce n’est certainement pas son prénom, mais lui-même sait rarement où il habite et comment il s’appelle. Débordé de toutes parts, par tout et par rien, surtout par rien, ce qui constitue une performance remarquable. Max fait étalage d’une capacité peu commune à se noyer dans un verre d’eau vide. Ou dans un verre de bière vide, ce qui revient au même tant il est ardu de distinguer l’un de l’autre. Avant même l’apparition du premier client, il est en proie à une agitation pas banale. Mais au moins, il assure le spectacle, en étant au fou-rire et au moulin. Il paraît qu’il a son diplôme de Maître brasseur en poche. Ici, la pression ne se mesure ni au bar ni en bar, mais en salle, palpable à chaque instant. S’il brasse, c’est plus l’air que la bière, dans un manège apparenté à la brasse coulée.

A notre arrivée, alors qu’il n’y avait pas un chat, Max nous a lancé un « vous avez réservé ? » qui ne présageait rien de bon. Sur un ton ne laissant aucune place à la contestation, il nous a installé et ajouté un couvert comme si la manœuvre relevait de l’exploit. En réalité, il a oublié une ou deux fourchettes. Peut-être une façon de nous mettre à l’aise en nous poussant à manger sur le pouce. Cependant, son débit rapide ne pouvait prêter à confusion : il cherchait à nous pousser au plus vite dehors parce que « comprenez-vous-messieurs-il-y-a-du-monde-qui-arrive-et-le-feu-en-cuisine-alors-vous-voudrez-bien-messieurs-me-dire-si-… ». Ses phrases à rallonges s’achevaient invariablement loin de notre table, emportées par le mouvement perpétuel de Max. Pour le choix du repas, il a joué cartes sur table, en nous précisant justement qu’il n’y aurait pas de cartes sur table, mais des suggestions figurant aux murs. Alors qu’on venait de passer commande pour des salades, il nous a indiqué le buffet d’entrées, nous laissant médusés. On a finalement profité non pas du buffet, mais du « bluffé illimité », tout au long du repas. Max a eu l’art de nous faire rire à l’insu de son magret arrivé avant même que nos entrées soient débarrassées. Il a annoncé les plats depuis la cuisine en fondant sur nous : « attention messieurs, s’il-vous plaît messieurs c’est chaud, ça arrive, s’il vous plaît, merci messieurs ». A ce moment précis, on a eu l’impression de se faire braquer. On a cru entendre : « On reste calme, messieurs, ça va bien se passer si vous m’écoutez. » Max réinventait tout bêtement le service militaire et se croyait au mess des officiers.

Quand il nous a demandé d’aller choisir notre bouteille de vin sur le présentoir à trois tables de là, on s’est dit qu’il poussait le tire-bouchon un peu loin. Tellement loin qu’il ne s’est pas donné la peine d’aller le chercher, le bougre ! « Faites comme chez vous ! ». Eh bien, non, quand on choisit le restaurant, ce n’est précisément pas pour faire comme chez soi.

Que dire des desserts, vite expédiés. Evitez la glace. Une, deux, ou trois boules, mais un seul parfum, cassis. Ce qui peut expliquer que Max ne vous propose pas différents sorbets lorsque vous optez pour une coupe.

S’il est difficile de se souvenir des plats, impossible d’oublier Max. On peut d’ailleurs considérer que c’est amuse-bouche du début à la fin. Ici, le client est roi, et le roi accompagné d’un bouffon. D’ailleurs, le serveur se paie non pas en pourboires mais en pour-rires !

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A propos Mathieu Jaegert

...là où vont mes mots.
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2 commentaires pour Max, maître brasseur d’air

  1. Ambiance… Ton serveur me fait penser à beaucoup à Paris. 😉 Par contre, manque pas un mot , « La pression ne se mesure ni au ni en bar… » Ou bien j’ai abusé des boissons dans cet estaminet
    .

    • En tout cas, la version nazairienne du serveur nous a bien fait rire. T’as raison, manque un mot…c’est moi qui ai abusé des boissons du lieu. Merci Joëlle 🙂

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