Quand le pédalier trouve des alliés

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Les routes de France prennent des allures de fresque à l’occasion du passage de la Grande Boucle. Si les coureurs se jettent dans la bataille en abandonnant sur le bitume quelques forces, pas question pour la foule en liesse de manquer une seule miette du spectacle. Les uns y laissent leurs tripes, et parfois leurs boyaux, les autres y vivent leur trip. Tout feu tout fan ! L’euphorie répond aux rictus, les cris stridents aux dents serrées, et les « hurrah ! » longs aux souffles courts. C’est avant tout la France profonde qui répond présent. Tout le pays, même, rejoint par les aficionados du monde entier. Des passionnés rivalisant d’imagination pour acclamer leurs champions. La foule bariolée forme un véritable patchwork. Des spectateurs bigarrés et mal garés à la bagarre dès potron-minet pour trouver l’emplacement idoine. La meute part au charbon sous le regard de mines à la fête : rien à voir avec les amphétamines. Ils en reviennent lessivés, augurant un cyclisme propre, mais ils s’en remettent facilement et les observateurs n’en reviennent pas.

En général, la France profonde arrive la glacière à la main et la bonne humeur dans le sac à dos. Et parfois quelques revendications inaudibles en bandoulière. Ça hurle, ça braille, ça s’égosille. Au moins autant avant qu’au moment du passage des coureurs. Dans les rangs, la gente féminine est aussi bien représentée que la jante avant et sa sœur jumelle, la jante arrière. Mais avant de voir passer la crème des cyclistes, il s’agit de s’en tartiner une couche pour ne pas prendre trop de couleurs.

Le Tour de France, une épreuve de contrastes. Quand le fan piétine des heures durant pour défendre sa place, le coureur ne doit pas mettre le pied à terre s’il veut conserver sa place au classement. Lorsque la foule se masse tout le long du parcours, les cyclistes ne sont massés qu’à l’issue de l’étape. Le peuple en pince pour ces sportifs tandis que certains tricheurs pincés pour dopage sont encore capables de tomber du jour au lendemain sans chuter. C’est clair désormais, pour se frotter au podium, mieux vaut s’éloigner du pot belge.

La Grande Boucle, cette course fascinante où des leaders se refont la cerise en gagnant au sommet, leur permettant parfois d’endosser la tunique du meilleur grimpeur. C’est dans ce cas la cerise sur le maillot. Le poids, plutôt. Et dire que pour tutoyer les toits du Tour en les respectant sans en faire une montagne, il faut avaler des milliers de kilomètres ! Histoire de perdre du poids et de gagner les poids. Tout le contraire du spectateur qui vient lui le cœur léger et le bagage lourd d’un ravitaillement adapté. Sur les pentes aux pourcentages importants, sévères, le sportif se met dans le rouge quand le tifosi se sert des verres de rouge au pourcentage sans aucune espèce d’importance. Les uns dégustent, les autres aussi. La pression, les favoris l’ont sur le paletot, la foule dans le gobelet. Les premiers ont soif de vaincre, tout en aérodynamie, les seconds soif tout court, privilégiant l’apérodynamie.

Dès lors, la course peut s’emballer sous les « hips, hips, hips » des badauds baba se léchant les babines, abreuvés dans le final par une bouteille VITTEL échappée in extremis de la caravane qui va vite, elle. La victoire n’est jamais servie sur un plateau, mais par des plateaux, le grand pour les sprinteurs, ces boss réfractaires aux bosses. Elle arrive portée par les vivats ininterrompus de la foule chauffée à blanc d’avoir attendu sous les rayons d’un soleil au diapason. Des pédaliers en action et des fans en délire. Des péd’alliés !

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A propos Mathieu Jaegert

...là où vont mes mots.
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