Tendre le bâton et prendre la corde

athlé

En parfait béotien, je m’attelai à suivre l’athlé. Cette suppression du suffixe devait illustrer ma volonté à me fondre dans le moule sur le champ lexical.

Aux côtés des journalistes, je constatai qu’on n’est pas toujours dans l’éloge dans les loges. En dehors non plus. Je pus assister aux courses dont le relai, épreuve où l’on tend le bâton pour ne pas se faire battre. Une discipline composée de quatre ascètes, rarement de neuf à onze, terminant décomposés. Dans ce type de meeting, le gratin mondial se donne rendez-vous. Pas question de poser un lapin. Tout au plus notai-je la présence de lièvres sur les courses de demi-fond disputées sur des distances plus de deux fois inférieures à celles de fond, ce qui n’a rien de très arithmétique dans le fond. Ces lièvres poursuivis poursuivent à fond un seul et même objectif. A trois au départ, ils ne courent pourtant qu’un lièvre à la fois et touchent des sous pour ne jamais aller au bout, si ce n’est de l’effort. Sur le sprint, certains athlètes se dérobent sous la pression alors que d’autres prennent le risque de voler le départ à un homme armé. Un peu plus tard, je croisai les marcheurs surveillés par des juges sans pitié ne passant l’éponge que sur deux erreurs avant de brandir leur carton rouge. Sous la canicule, ces adeptes de la marche rapide ont d’ailleurs tout intérêt à jeter l’éponge gorgée d’eau le plus de fois possible s’ils ne veulent pas la jeter pour de bon. Du côté de la longueur où s’ébrouent des athlètes mordus et mordants, je me heurtai au pragmatisme teuton. Je sentis que je tombais bien et le représentant germanique me fit comprendre que lui aussi cherchait à bien tomber. Il m’expliqua son sport en quelques gestes – le moulinet, principe allemand –  et autant de remarques qu’il voulait frappées au saut du bon sens. A quoi je rétorquai que lui et ses concurrents sautent tous dans le même sens. Il s’en amusa plusieurs secondes après, non sans avoir produit un effort pour déverrouiller ses zygomatiques. Comme une course d’élan avant de déclencher son rire. A un athlète qui s’apprêtait à monter à la barre,  je tendis une perche lexicale qui devait accoucher d’un bon mot. Il m’ignora magistralement me désignant une perche en carbone déjà solidement vissée entre ses deux paluches.

Ici, le « tu » est de rigueur. On tutoie même les sommets et les records. Une façon de prendre ses aises avec le stress. A force d’asséner quelque tape amicale dans le dos des records, pas étonnant qu’ils tombent. Une poignée de sportifs fait main basse sur des chronos référence haut la main, ce qui n’a rien d’anormal tant il semble impensable d’y parvenir en baissant les bras.

J’achevai mon immersion conquis. Chacun possède ses propres objectifs. On peut ainsi nourrir des ambitions à la longueur, aux haies ou sur quatre-cents mètres. Facile aussi d’être à la hauteur…sans être à la hauteur. Et vice versa !

Publicités

A propos Mathieu Jaegert

...là où vont mes mots.
Cet article a été publié dans Chroniques. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s