Les aro-bases du running

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De nos jours, on connecte à tour de bras des pans entiers de la société, et des objets. Jusqu’aux vêtements bourrés de capteurs qui font tressaillir les aiguilles à tricoter de grands-mères médusées. Les applications se multiplient avec les interrogations. N’en ferait-on pas trop à adouber ce monde so connected ? Il serait peut-être temps de tirer la « so Net ! » d’alarme.

Le running, anglicisme commode désignant le simple fait de courir avec des chaussettes élimées et un vieux survêtement, n’échappe pas à la tendance. Montres connectées à boucler pour faire sa boucle ou débardeurs bardés d’électronique pour barder ont le vent en poupe. Mais c’est bien la chaussette qui détient le pompon ! Des firmes ont annoncé en grande pompe la sortie de paires connectées, une aide au coureur, du novice au plus aguerri. Un accompagnement dans l’e-ffort. Des socquettes en cheville avec des applications mobiles distillant les arobases du running. Mais la frontière avec « Haro sur le footing ! » est ténue. Le diable se cache en effet dans les mailles !

En attendant, des millions d’adeptes compilent via leur smartphone des données en pagaille. Le nombre de pas effectués, les calories dépensées, la vitesse, la distance parcourue, tout y passe. Et pourquoi pas à l’avenir l’odeur de la transpiration, le diamètre des gouttes de sueur ou la fréquence du battement des poils du torse. Ce que propose la chaussette va encore au-delà ! Imaginez à la moindre mauvaise posture, au plus petit faux-mouvement, une voix métallique vous brailler dans l’oreillette : « tiens-toi comme ci ou comme ça ». Des injonctions vous tarabustant en provenance directe de vos orteils ! Bientôt, elles brandiront la menace des séances de kiné si vous ne les écoutez pas, sans vous épargner le tarif des consultations et le montant pris en charge par la sécurité sociale. Le coureur bêta – ou oméga – et sa chaussette maligne et en ligne qui supplante – des pieds – la réflexion, deviendra intelligent comme ses panards. Sa cheville imprimera le rythme voulu en émettant des signaux réguliers. Lorsqu’on souhaitera adopter un train de sénateur, il suffira de se brancher sur l’application aux algorithmes modelés sur les bancs du Palais du Luxembourg. Un jour, avant un marathon, on ira chercher son certificat médical à la FNAC ou chez Boulanger. Un quitus après vérification de l’ensemble du matos électronique, une quelconque torsion de la maille de chaussette pouvant donner du fil à retordre aux osthé-I-pattes.

La récupération n’aura plus rien à voir avec les pratiques actuelles. Il s’agira de recharger les batteries en courant. Celles de son téléphone, de son T-shirt et de ses chaussettes. Et ainsi de récupérer ses données personnelles.

A force de s’acharner dans cette course au progrès, qui nous dit que notre propre crachat ne finira pas connecté lui aussi ? De quoi se montrer plus facilement disposé à en baver ? J’en salive d’avance !

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A propos Mathieu Jaegert

...là où vont mes mots.
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