Un point c’est tout

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Quand on est sur le point d’écrire sur le point, il s’agit d’éviter les redondances. Pas une mince affaire, la preuve. J’ai ainsi décidé à brûle-pourpoint de digresser sur ledit point et me retrouve avec cette histoire sur le feu et les bras.  Parler du point ne va pas de soi et il paraît sage de s’entourer de précautions. Si la littérature spécialisée recommande de commencer par faire le point, je répondrais : oui mais lequel ? Pour ne pas rester bloqué sur ce qui s’apparente à une broutille, j’ai abandonné le point mort et passé la première ligne. Moi qui éprouvais toutes les peines du monde à mettre un nom sur le point de départ et de l’ordre entre les différentes variétés, l’inspiration a surgi à point nommé. Comme un récit ça se bâtit, j’ai fait le tour des grandes enseignes de matériaux de construction. Je me suis pointé chez POINT P mais j’ai compris à la tête des vendeurs que cela ne constituait pas la meilleure des idées. J’ai cru y lire un mélange d’incrédulité et d’ironie. Je leur aurais bien mis les points sur les « i » et le mien dans leurs gueules enfarinées mais j’avais mieux à faire et de toute façon, les « i » croisés dans le magasin étaient tous normalement constitués. Leur dédain a renforcé ma détermination : des bâtisseurs de mon acabit, ils ne devaient pas en croiser tous les jours. Un signe de l’originalité de mon entreprise. Je me suis donc recentré illico sur mon texte. Concentré en tous points, en toutes virgules et en tous termes. Il faut savoir que j’ai déjà repoussé l’écriture, frappé pendant deux semaines par un méchant virus. Mettre en valeur les points en disant tout le bien que l’on pense d’eux lorsqu’on est mal en point n’a en effet aucun sens.

Je me suis alors isolé dans mon bureau deux jours et deux nuits d’affilée à jouer du poignet et des points. A se demander le surlendemain qui d’eux ou de moi se jouait de l’autre. J’ai fait étalage de tout mon acharnement et d’un don certain de ma personne. Ah ça oui, j’ai donné. Peut-être ce qu’on appelle le point donneur. Mettre les choses au point m’a permis de foncer tête baissée vers le point culminant du récit. Attention, le piège aurait consisté à les placer au point de côté trop éloigné du sujet central. Dans un texte, le point d’orgue est important. Même si d’orgue, accordé ou pas, il peut ne point y en avoir, je vous l’accorde. Vous suivez ?

Bref, un point placé à bon escient éclaircit l’horizon, donnant du sens à la devise : moins de pire en point de mire. Cela dit, la réussite tient à un fil, voire à une maille ou à un point de croix. Si le rythme du texte prime, il faut savoir ménager des pauses, osciller entre « haletant » et « a le temps ». Des haltes bienvenues avant la fin qui arrive souvent sans crier gare ni quoi que ce soit d’autre dans ce genre de récit sans queue ni tête…

…des points de chute.

(Vous étiez prévenus !)

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A propos Mathieu Jaegert

...là où vont mes mots.
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