Coup de pompe en station

Appro

Le dialogue social a du plomb dans le diesel et de l’aplomb à tous les étages. Gouvernement et syndicats se renvoient la balle en un pompage d’air réciproque et un toupet qui, à défaut de clouer des becs, coupe les robinets. Le « C’est pas moi c’est l’autre » en bandoulière, ils soufflent sur les braises à tour de rôle, le premier avec le 49.3, les seconds sur celles des breizh-barbecues, grillades au feu de pneus, spécialité des portes de la Bretagne. A croire que le plomb extrait est venu se loger dans les cervelles. Quel spectacle que ces mots doux échangés par médias interposés ! Discours à la fois enflammés et plats, si ternes. Blocus et coutume contre maintien de la loi mordicus, l’essence même du combat de coqs de très basse-cour. Le comble du raffinement. A l’heure où ces acteurs siphonnés s’écharpent dans le vide, difficile de faire le plein. Pauvres automobilistes en souffrance. Obligés de lever le pied pour faire main basse sur quelques misérables litres. Maigre pitance quotidienne. Au menu chaque jour, Système D au Super U et débrouille à la pompe. Les Français se découvrent des vertus ou retrouvent des qualités oubliées. L’impatience, le chacun pour sa bagnole, la mauvaise foi. Dans un élan frénétique visant à constituer des réserves stratégiques n’obéissant à aucune logique tangible, ils font la queue neuneu aux stations, pare choc pétrolier contre parechoc, perdant leur self-control au self-service. L’attente du gazole en désole plus d’un mais la détermination farouche fait mouche. En quête de la quintessence de la pompe, ces insensés censés patienter mettent sens dessus dessous et sans décence la station essence. Nombreux sont les conducteurs à déployer des trésors d’imagination pour repartir ici avec un bidon, là un jerricane, s’inventant des rendez-vous, des urgences, une conscience professionnelle. Le Français n’aura jamais autant tenu à être à l’heure. A la pompe, la crispation sur le pistolet suinte et il suffirait d’un rien pour le braquer sur un concurrent désobligeant, même si l’objectif reste de viser juste jusqu’à l’ultime goutte. L’agacement fait tache d’huile, le dérapage menace. L’authentique foire d’empoigne ! D’ailleurs, le cours de la barrique de brutes s’envole. La panique de la panne sèche se mue en masca-rade. D’autres petits malins frappés de l’Esso du non-sens ont imaginé revendre leurs stocks sur le Bon Coin. Et ça fonctionne ! Remarquez, plus facile de marcher sur la tête une fois privé de voiture !

Heureusement,  il y a les placides résolus à garder sans-plomb froid et sourire, et à composer avec les moyens du tableau de bord, s’Exxon-érant de la tension ambiante. Quant au Premier Ministre, s’il possédait un brin d’humour, il bloquerait les réassorts à 49,3 litres.

Mais ce serait la vanne de trop. La goutte de carburant qui ferait déborder la base.

 

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A propos Mathieu Jaegert

...là où vont mes mots.
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