A bon compte

Ouvrir son compte sur les réseaux sociaux réveille la métaphore bancaire et chamboule la pratique des guichets traditionnels. Terminés PEL et PEP, place au plan pénard de la gestion de compte depuis son canapé. Le plan-plan. Ici la banque c’est moi, et le banquier c’est bibi aussi. Chacun fixe les règles de son Profil Recevant du Public (PRP). Les murs affichent des pages entières de statuts. Des contributions et des apports s’accumulant comme les amis. Un pécule qui grimpe avec les intérêts partagés. Ils sont autant de prélèvements obligatoires qui viennent nourrir le po(s)t commun. Sur Facebook, amasser des contacts entretient l’assurance virtuelle, une prime aux conseils prodigués par un escadron de personnes bien intentionnées, cela va de soi. Pour fidéliser le client, au choix, fiel ou miel fonctionnent à merveille. On aime, on s’extasie, on réagit, on surenchérit. Partages et collaborations sont à la noce. Bref, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes virtuels possibles. Foutaises ! La solidarité entre les banques a ses limites.
Les plus assidus des conseillers apparaissent vite comme les plus ardents donneurs de leçons. Les jugements à l’emporte-pièce sont monnaie courante, et la perte de crédit aussi rapide que l’électron parcourant la fibre optique. Si on investit sur l’abstrait sans économiser notre temps, la tentation de régler ses comptes n’épargne personne ou presque. Les conversations se gonflent parfois d’une saveur si ce n’est nauséabonde, au moins fade. Dès lors, les retraits massifs gagnent la toile, les échanges houleux s’évacuant en torrents par autant d’avaloirs. Puisque les clients n’ont pas été triés sur le volet au départ, ils font les frais d’interventions hasardeuses et autres spéculations, et basculent par la fenêtre Windows. Virés sans ménagement vers des profils plus hospitaliers. Le revers de la médaille de vouloir apparaître à découvert. Certains n’en sont pas revenus et clôturent leur compte. Ceux qui maintiennent leur banque privée se frottent les mains. Rien ne sert en effet de posséder une liste garnie, un panel d’amis gratiné et la valeur du compte dégringole ! Le contingent ne fait pas le bonheur : il y a comme cela des devises immuables.
Finalement, je me demande si revenir aux méthodes traditionnelles se serait pas préférable. Planquer ses économies sous le matelas ou dans un placard. En l’occurrence, difficile à appliquer à ses vrais amis, je vous l’accorde. Et si nous faisions au moins profil bas…de laine ?

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A propos Mathieu Jaegert

...là où vont mes mots.
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