Café moulu odeurs foutues

Sur le siège passager, Vanessa savourait la quiétude des premiers instants des vacances quand un bruit suspect l’alerta :
« Chéri, Léo vomit !
– Tu as prévu le café ?
– Euh, oui…
– Fais-le couler alors !
– Ton fils est malade et tu penses à déguster ta tasse de café ?
– Qui t’a parlé de le boire, suffit de le faire couler.
– De toute façon, je n’ai embarqué que des gobelets. Les tasses, c’est encombrant, fragile et…
– Abrège, Vanessa, je croyais que Léo vomissait ?
– M’enfin tu m’embrouilles avec ton café !
– Bon, démarre la cafetière, je me gare dès que je peux.
– C’est une thermos.
– Une thermos ?
– Bah oui, préparé avant le départ, chaud comme tu l’aimes…
– Alors là c’est la meilleure ! Encore ta manie de tout prévoir !
– Mais…
– On a bien emmené des filtres et du café ?
– Oui.
– A la bonne heure !
– Mais pas la cafetière, le gîte est équipé…
– Voilà autre chose !
– J’aurais peut-être pu lire dans le marc ta colère du jour !
– Tu l’as jeté je parie ?
– Quoi ?
– Le marc, voyons…enfin tu le fais exprès !
– C’est rien Léo, papa va s’arrêter et gentiment nettoyer…
– Je crois qu’il y a une cafetière dans mon vieux sac de voyage à l’arrière.
– Fabrice qu’est-ce qui te prend ? Ton fils vient de vomir à s’en tordre les boyaux, sa sœur se réveille alors qu’elle ne mouftait pas depuis le départ pour une fois et toi tu fais ce foin pour un fichu café !
– Tu ne sens rien ?
– Si, ça pue…
– Justement !
– Justement quoi ?
– Le café coulé nous aurait épargné l’odeur.
– Et ton cirque ?
– C’est sérieux ! Sans parler des vertus du marc.
– Tu tires ça d’où ?
– Des toilettes.
– Je me disais bien que c’était une idée foireuse de laisser traîner la presse féminine… Rendors-toi Juliette.
– Et puis maintenant que j’y pense, mon père aussi faisait couler le café sur la route des vacances.
– Une astuce de grand-mère, en somme !
– Oh ça marche avec toutes les marques de café.
– Je comprends pourquoi il est devenu dépendant à la caféine, ton père, tu étais malade en voiture ? Juliette, s’il-te-plaît !
– Pas du tout mais mon frangin oui ! Moi, je ne vomissais pas. Seulement quand le café n’avait pas coulé en temps et en heure…incommodé par l’odeur sans doute.
– Mamaaaaan, hurla soudain Juliette.
– Quoi encore ?
– Fais couler ce foutu café ! Parvint-elle à articuler avant de voir un reliquat de petit-déjeuner jaillir entre deux spasmes !

 

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A propos Mathieu Jaegert

...là où vont mes mots.
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