Quand Saint-Nazaire chuchote à la mer

De ville à l’amer à ville à la mer, il n’y a qu’une pirouette lexicale et un pas que Saint-Nazaire a franchi haut la main – les deux, même – et les doigts de pied en éventail. Pour palper ce revirement, rien de tel qu’une arrivée par le Pont, un trait d’union et bien plus, la promesse d’un mélange détonnant, apte à chambouler les sens du touriste de passage, du néo Nazairien ou de l’autochtone en voie de conversion. Une alchimie complexe à faire valdinguer les clichés et assommer les idées reçues sous les rafales d’un vent nouveau qui ne renie pas les fêlures du passé. Ce courant d’air rafraîchissant a le goût de l’iode, l’éclat du métal dans le port et la force des vagues. La même solidité désarmante que le béton armé de la base sous-marine. Il se lève, tourbillonne, s’engouffre dans les alvéoles et déboule sur le Front de Mer, où il caresse le sable, les visages des promeneurs et les façades gorgées de soleil, poursuivant son œuvre le long du sentier côtier. Là, il rafle la brise, emporte la bise, exhorte suroît et noroît, s’emballe à bâbord, titube à tribord, reprend son souffle, puis slalome au petit trot entre les pêcheries, au large des quelque vingt plages d’un littoral qui a plus d’un tour dans son ressac. Les plus attentifs distingueront les chuchotements échangés entre la ville et la mer. Messes basses à marée haute.

Mais sans acteurs, pas de vent, pas d’impulsion, d’élan, de sens. Il faut un cadre, aussi, cette ville à la mer, toujours, une lumière, jamais la même, une atmosphère, unique. Et cette poésie, partout, qui suinte, dégouline, une offrande qui se répand sur la cité telle une crème onctueuse sur une pâtisserie de jour de fête, se reflète dans le regard d’un lever de soleil sur l’Estuaire ou dans les yeux des cieux facétieux, embrasés au coucher. Nul besoin d’atomes crochus avec le romantisme pour déguster ces notes poétiques capables d’apaiser le plus énervé des dockers un jour de grève. Pas question pour autant de rouler des mécaniques, contrairement à quelques unes de ses voisines aux noms ronflants, ensommeillées une partie de l’année – ça leur apprendra à ronfler – et à la vitrine clinquante et rutilante. Non, Saint-Nazaire revendique failles et aspérités, les laisse infuser, décanter, pour en extraire le meilleur, délicatement, sous l’action conjointe des éléments et des esprits en fusion. Ici, il suffit de s’imprégner de l’ambiance, de déambuler ou de picorer parmi les événements. De quoi satisfaire tous les appétits par petites touches, des myriades d’idées qui éclairent la ville de leur lueurs autant que les phares annonçant l’immensité du large. Saint-Nazaire voit grand et parfois encore plus, en forçant sa nature.

Comme au cours de ce mois de juin 2017 mémorable, la célébration de haute volée du débarquement américain un siècle plus tôt. Toute la cité portuaire a mis les petits voiliers dans les grands, offrant à des centaines de milliers d’yeux braqués sur « The Bridge », des moments de magie et d’émerveillement d’une intensité rare. Ce samedi-là, quand le Queen Mary 2 fend la houle, la foule se tend, comme happée par le mastodonte et figée dans cet instant savoureux magnifié par les cornes de brume. S’en suivent cortège de girafes oniriques, grues qui côtoient les mâts du Belem avant de propulser, la nuit venue, des anges agiles larguant par brassées généreuses des plumes d’un blanc impeccable dans un tourbillon des plus féeriques. Et bien sûr, le lendemain, une famille royale recomposée, le Queen Mary 2 en tête, et les princes des océans dans son sillage, cousins par alliance de la technologie et de l’innovation, prêts à s’élancer ensemble à l’assaut de New York, dans un clin d’œil symbolique à l’Histoire. La mer est radieuse, le Maire au diapason. Et que dire de nous tous, Nazairiens et visiteurs ? Alors que les géants des mers mettent le cap vers la Grosse Pomme, on a la banane ! Quelques bâtiments aussi, la plastique revisitée par le talent d’une plasticienne américaine et celui des Frères Toqué qui ont frappé un grand coup. Des images qui cajoleront encore longtemps notre persistance rétinienne, depuis la cime de notre ô hisse parade.

Une manifestation possédant la motorisation d’un TGV et d’un Airbus réunis, mais qui n’étouffe en rien la multitude d’initiatives amorcées, abouties ou encore dans les cartons. Ici, les idées fusent, se propagent, essaiment. Même les coquillages s’y mettent – six petites berniques attachantes tiennent un blog avec talent – les abeilles butinent plus que jamais, les graines d’entreprises transforment leur coup d’essai en coup de maître, les cultures s’entrechoquent, les décibels exotiques prennent leur quartier d’été sur le port au cours d’escales vitaminées, et les écrivains se rencontrent.

Bref, à Saint-Nazaire, ça bouillonne, ça phosphore, ça crée. Ça vit tout simplement. L’air iodé invite à la respiration. Et à l’inspiration, non ?

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A propos Mathieu Jaegert

...là où vont mes mots.
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